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WU-TANG CLAN - Enter the Wu-Tang (36 Chambers)

, 16:05 - Lien permanent

Le Wu-Tang Clan est le plus grand groupe jamais enfanté par le rap, point barre. Le RZA et ses huit comparses ont tout changé, ils ont tout redéfini. D'abord, ils ont été de ceux qui ont remis New-York sur la carte du hip-hop, alors que la Californie menait le bal depuis la déflagration N.W.A., et qu'elle avait encore renforcé sa domination l'année d'avant avec le fondamental The Chronic. Mais à l'inverse de Dr. Dre et de son g-funk, le RZA et les siens réinvestissaient un hip-hop dur, sobre et sombre. Il n'y avait aucun son funk moelleux et cajoleur sur leur album. Nos neuf hommes, toutefois, avaient retenu du gangsta rap un trait capital : son aspect dangereux, violent, menaçant, qui fut pour beaucoup dans leur impact.

WU-TANG CLAN - Enter the Wu-Tang

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Le Wu-Tang a aussi été l'un de ces groupes, rares dans l'histoire de la musique, à avoir su imposer à un large public un son bizarre et difficile, un son qui n'aurait jamais dû le séduire. De prime abord, Enter the Wu-Tang (36 Chambers) n'avait absolument rien pour caresser l'auditeur dans le sens du poil. Le ton était excessivement agressif, l'ambiance sombre et atmosphérique. Il sonnait lo-fi, amateur, squelettique. Les beats, tous construits par Robert Diggs, alias le RZA, étaient branlants et abscons. Les samples, d'origine soul, étaient malmenés et malsains. Les titres n'avaient rien de chansons, les refrains y étaient rares. Et pourtant, tout cela était addictif. "Shame on a Nigga", "Wu-Tang Clan Ain't Nuthing to F* Wit" et "Protect ya Neck" étaient de violents uppercuts en pleine figure. "Da Mystery of Chessboxin'" tirait profit de ces touches de piano délicates qui seraient la signature du RZA. Et les titres les plus posés, "Cant It Be All So Simple", "Tearz" et le fabuleux "C.R.EA.M.", étaient délicieusement vénéneux.

L'abondance de ses membres aurait pu être le talon d'Achille du Clan. Elle a été sa force. Le collectif a su exploiter au mieux ces neuf très fortes individualités, la plupart des rappeurs d'exception, aux phrasés et aux timbres clairement reconnaissables. Autour d'eux, ils ont su construire, s'inspirant de films de leur enfance, toute une imagerie kung-fu. Ils ont pris adroitement une allure de société secrète et fait des neuf protagonistes les équivalents rap de personnages de comics. Les beats singuliers de RZA se doublaient d'un véritable univers où se mêlaient vie du ghetto, arts martiaux et éloge de la marijuana, que de futurs fans ne se lasseraient jamais d'explorer, et le Clan d'alimenter et de renouveler.

Enter the Wu-Tang, c'était une rupture formelle fondamentale, qui redéfinissait de fond en comble le rap hardcore new-yorkais, mais pas seulement. Tout le son de la Côte Est devra se positionner ensuite par rapport à cet album, et il contient aussi en germe les principaux éléments, atmosphère sordide, expérimentations, concepts bidon, sur lesquels se bâtira le hip-hop indépendant de science-fiction de la fin des années 90. Au-delà même du rap, on retrouvera l'année d'après quelques traces de ce hip-hop ténébreux, de cette soul gothique, sur le bien moins street premier album de Portishead. "C.R.E.A.M." en était presque un avant-goût.

Avec ses allures de démo vite assemblée, Enter the Wu-Tang respirait la spontanéité. Sa réussite, cependant, ne devait rien au hasard. Dès l'origine, le Wu-Tang Clan était un projet mûrement réfléchi. Ejecté de sa première maison de disque avant d'avoir pu prétendre au succès, le RZA avait pris le temps de méditer sur son échec et de construire un redoutable plan de conquête. En position de force après le succès de ce disque, il négociera la possibilité pour son groupe de signer sur différents labels et de disposer d'une liberté artistique qui permettra plus tard aux membres du groupe de sortir d'autres chefs d'œuvre. Tout cela fera du Clan le groupe le plus important des années 90, au-delà même du rap. Toutefois, quand bien même ils n'auraient livré que Enter the Wu-Tang, leur place dans le panthéon du rap était garantie : elle était là-bas, au sommet, tout en haut.

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