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GETO BOYS - We Can't Be Stopped

, 23:14 - Lien permanent

Si certains pensaient alors que le rap de type gangsta n'était qu'une question de pose, qu'il était du cinéma, du chiqué, la pochette mythique de l'album le plus vendu des Geto Boys prouvait le contraire. Cette image montrant Scarface et Willie D accompagnant à la sortie de l'hôpital un Bushwick Bill mal en point, n'était pas une mise en scène, mais un cliché pris après que le fameux rappeur nain s'était tiré une balle dans l'œil, à l'issue d'une dispute conjugale haute en couleur, pendant laquelle s'étaient mêlées menaces de meurtre, de suicide et d'infanticide.

GETO BOYS - We Can't Be Stopped

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C'est qu'on ne rigolait pas du côté des ghettos de Houston, cette face cachée du Texas qui faisait passer Compton pour un jardin d'enfants. Dès l'album précédent, ces Geto Boys venus du bout du monde, mais parrainés par Rick Rubin, avaient poussé la formule gangsta au bout de sa logique meurtrière, luxurieuse et vénale, au point de flirter avec l'aliénation mentale sur "Mind of a Lunatic", un titre où il était question de nécrophilie et qui préfigurait la vague horrorcore. Pour cette raison, le trio avait connu des démêlés avec leur label et avec la censure. Cependant, comme le prétendait ce nouvel album, personne ne pouvait l'arrêter.

Et pour une bonne raison : s'il n'est pas forcément leur meilleur disque, celui-ci contenait au moins leur plus grand titre, une immense chanson hip-hop, l'une des plus samplées et les plus citées des vingt années à venir, un "Mind Playing Tricks on Me" où, sur une boucle de guitare dénichée chez Isaac Hayes, les trois rappeurs se dépeignaient victimes d'hallucinations et de paranoïa. Ce single surnageait, mais il n'était pas le seul argument de cet historique We Can't be Stopped, composé de morceaux solo ou collectifs, et qui confirmait que nos trois hommes étaient les rois du grotesque et de l'outrance, dès le retentissant titre éponyme.

La plupart étaient fait du même funk enflammé que ceux de Public Enemy et de N.W.A., mais en plus extrême et morbide, dans les paroles comme dans les sons. Par exemple, samplant le "Ladies First" de Queen Latifah, Willie D lui répondait "I'm not a Gentleman", dans un flot de considérations sexistes. Sur "The Other Level", Bushwick Bill laissait libre cours à des fantasmes lesbiens. Et quand le même jouait à l'engagé sur "Fuck a War", un titre hostile à la première Guerre du Golfe, il le faisait à la manière Geto Boys : il ne préconisait pas le Peace & Love. Non, sa solution lui, c'était d'appuyer un bon coup sur le bouton et de rayer l'Irak de la carte. C'était ça, les Geto Boys, et contre toute attente, ce rap de fous furieux psychotiques a plutôt bien vieilli : dites-en quelque chose à Odd Future.

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