SWELL - Too Many Days without Thinking

"Without thinking" (sans penser), non, sans doute pas. Mais "too many days" (trop de jours), oui, assurément. Car il a en fallu du temps pour que Swell parvienne à sortir cet album. Pas moins de quatre années se sont écoulées depuis 41, quatre années d'incroyables galères et de faux départs, où le groupe aura été jeté d'American Recordings par Rick Rubin, où il aura multiplié les enregistrements, où il aura vu les producteurs se succéder, avant que Kurt Ralske d'Ultra Vivid Scene ne fasse finalement le travail. Mais l'attente en valait tout à fait la peine, car avec Too Many Days without Thinking, le groupe de San Francisco propose son meilleur disque.

SWELL - Too Many Days without Thinking

Too Many Days without Thinking, en effet, corrige tout ce qui posait encore problème sur son prédécesseur, 41. Pas de remplissage conceptuel douteux, comme ces insupportables bruits de pas et de porte qui ont ouvert et fermé le disque d'avant. Pas de titres trop uniformément mornes et déprimés. Au contraire, ici, les mélodies se font plus rondes, plus accrocheuses et plus affirmées, comme avec cet excellent "What I Always Wanted", programmé intensément en son temps par un célèbre animateur radio français, mais au format pourtant très inhabituel pour un tube, avec son instrumental passablement répétitif et sa batterie syncopée.

L'alliance entre l'acoustique et l'électrique, cette alternance entre phases calmes et moments de fureur qui est la signature de ce rock californien-là, est particulièrement bien négociée ("Throw the Wine", "Make Mine You", "When You Come Over"). Les refrains s'envolent comme jamais en de puissants crescendos ("(I Know) the Trip", "At Lennies"). Des nappes de synthé apporte à ce rock dépressif l'élan, la grâce et la légèreté qui lui ont manqué, comme sur la fin de "What I Always Wanted", et sur ce "Sunshine Everyday" absolument somptueux. Enfin, David Freel fait preuve de cette ironie qui sépare les bons songwriters des plus complaisants, quand il adresse la belle et délicate chanson d'amour qu'est "Bridget You Love Me"… à son chien.

En dépit de tous ces atouts, et contrairement à la France où, soutenu par la filière Inrockuptibles, Lenoir & co, qui manifestait alors une prédilection justifiée pour tout ce nouveau rock californien, à mi-chemin d'un folk contemplatif et de choses plus noisy (American Music Club, Red House Painters, Idaho et d'autres), David Freel et les siens n'ont pas été prophètes en leur pays, ils n'ont pas laissé de souvenir impérissable chez leurs compatriotes américains. Près de quinze ans après, c'est une injustice qui mérite toujours d'être réparée, tant cet album, en particulier, se montre encore aujourd'hui proche d'une absolue perfection.

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Commentaires 2

  • Très bon album ! Tu parles de cette vague rock de SF nourri au spleen, tu aurais d'autres noms de groupe pour ceux qui n'y connaissent rien ?

    Par Robin

  • @Robin : Au milieu des années 90, les Inrockuptibles avaient fait un dossier bien fichu sur cette vague de rock américain neurasthénique post grunge, incluant les gens de San Francisco mais pas que. Je l'ai retrouvé ici, c'est un bon début : http://www.palace.free.fr/presse/Pr...

    C'était pas mal fichu, mais je crois me souvenir que ça a été le numéro des Inrocks formule hebdomadaire le moins bien vendu, alors qu'avant leur couverture avec Michel Rocard avait fait un carton. Pas étonnant que le magazine soit devenu ce qu'il est maintenant après une telle déconvenue...

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