COURDEK - Interview

Pour la plupart d’entre nous, la scène hip-hop de l’Arizona est une grande inconnue, elle reste très largement à découvrir. Cette année, notre point d’entrée vers les artistes prometteurs de Phoenix et de ses environs a été le rappeur et producteur Courdek du collectif Avenue of the Arts, à travers son très bon album Synchronicity. Un premier contact a été pour nous l’occasion d’en découvrir un peu plus sur son passé, ses goûts, ses projets et ses compères d’AOTA.

Courdek

Je dois avouer que le hip-hop de l’Arizona ne m’était pas très familier avant que je te découvre. Je ne connaissais que les Drunken Immortals et Morse Code. Tu es lié à ces gens ?

La scène hip-hop de l’Arizona tue. Des tas de musiciens géniaux, d’artistes et de mecs cool en font partie. Je suis lié aux Drunken Immortals et à Morse Code par un très gros collectif appelé Blow Up Co-Op. Le Blow Up Co-Op, c’est un grand groupe qui réunit tous ceux qui s’activent sur cette scène depuis des années. Universatile Music, Drunken Immortals, Avenue of the Arts, Antedote, Dumperfoo, Furious Styles Crew, The Blunt Club et d’autres encore.

Et quelle est l’histoire personnelle de Courdek ? Comment est-il entré dans le hip-hop ?

Ma mère m’a retrouvé dans sa cour, en 1983, par une chaude nuit d’été. Un vaisseau spatial venu de Pluton, cette planète récemment dégradée, avait dû m’abandonner là. J’ai découvert les racines du hip-hop par B-boy House, l’un des fondateurs du groupe de B-boys les Furious Styles. Il était passé à mon lycée en tout début d’année pour la promotion d’un centre où il donnait des cours de b-boying. Au lycée, j’étais à part. Je n’appartenais à aucune bande, je faisais mes trucs dans mon coin et je m’en tenais à ça. Un jour, j’ai assisté à son cours et j’ai vraiment trouvé ça insolite. Alors bien sûr, j’ai eu tout de suite le coup de foudre pour cette culture et je m’y suis jeté à corps perdu pour en découvrir tout le reste.

Ton album, Synchronicity, est l’un de mes préférés cette année. J’ai été impressionné par son équilibre, sa constance et une sorte d’harmonie entre tous les morceaux. Comment as-tu enregistré ce disque ? Tu l’as préparé sur le long terme ou juste en quelques semaines ?

Synchronicity a été écrit et enregistré sur les trois dernières années. La plupart de ce que tu y retrouves à moins d’un an, mais dans l’esprit, c’est le résultat d’un voyage de trois ans. Il est arrivé plein de choses dans ma vie dans ce laps de temps, et ça a vraiment affecté ma façon de penser, ça m’a amené dans de nouvelles directions. Deux mois avant que le disque soit finalisé, la plupart des titres étaient prêts à 85%. Ca m’a permis de mieux ajuster les titres entre eux.

J’ai lu que tu avais appris à jouer certains instruments. C’est quelque chose que tu as exploitée pour ta musique et pour cet album ?

En quelques sortes. Ces instruments ont été un bon début, mais ils n’auraient pas été avec cette musique. Quand j’ai appris à faire des beats, j’ai découvert que ça m’allait mieux que des instruments comme une guitare ou un piano, qui requièrent une dextérité folle. Les samples sont inévitables en matière de hip-hop, j’ai essayé d’en incorporer le mieux que j’ai pu, mais j’ai aussi essayé de composer un peu.

Tu peux nous en dire plus sur l’origine du collectif Avenue of the Arts ? Comment vous vous êtes rencontrés ?

Avenue of the Arts, c’est une association de gens qui ont le même état d’esprit mais des talents différents, et qui œuvrent pour une cause commune. C’est vraiment la meilleure définition. Nous venons tous d’autres collectifs et d’autres groupes qui n’allaient pas exactement dans la direction que nous voulions. Ce collectif, c’est StereoTyped (Ame Doogan & Beatnic), Mykr Fiend X, Ill Al the Anglo-Saxon, DJ Les, Ohm et DJ Blesd. J’ai rencontré Anglo par un ami commun et c’est lui qui m’a présenté les autres membres du groupe.

Courdek

C’est quoi les projets actuels et futurs d’AOTA ?

Nous travaillons en ce moment sur un album d’AOTA. Après trois solos et une compilation sur mixtape, nous sommes prêts pour cette sortie commune. Les sorties du moment, c’est le Unplug d’Ill Al, le Stereophonic Travelers de StereoTyped, mon album Synchronicity et la mixtape Amongst Friends d’Illl Al avec les meilleurs artistes d’Arizona. Dungeons & Dragons, le second album d’Ill Al, est quasiment fini. Moi-même, je travaille sur des projets annexes instrumentaux et sur mon prochain solo. StereoType bosse en ce moment sur un second album. Soul Collectibles, c’est-à-dire Mykr Fiend X et DJ Les, ont un album en phase d’être mixé et ils le sortiront dans les prochains mois. Ohm travaille aussi sur son premier album.

Nous t’avons découvert par tes relations et celles de tes potes avec des artistes californiens comme les Shapeshifters, Busdriver et LMNO. C’est quoi tes liens avec la scène West Coast Underground ?

A part le fait d’avoir fait des concerts et des tournées en commun, je dirais que le lien, c’est l’inspiration. Cali est juste à côté de l’Arizona, et elle a beaucoup de fans chez nous. Le West Coast Underground a été une inspiration et une influence indubitable pour moi. A part ça, mon collègue Ill Al a enregistré un titre intitulé "Lead" avec LMNO pour son album Unplug. Et il a été produit par Life Rexall des Shapeshifters.

Avec quel genre de hip-hop as-tu grandi ?

J’ai grandi en écoutant du hip-hop à la radio. C’était vraiment le truc de l’époque. Comme beaucoup, j’enregistrais les bons trucs sur ma radio et je me faisais mes propres cassettes. Mes premiers chouchous ont été A Tribe Called Quest, De La Soul, Gangstarr, KRS-1/BDP, Mobb Deep, Wu Tang, Nas, Jeru, Common, Jungle Brothers, Run DMC. Les classiques comme Grandmaster Flash, Cold Crush Brothers, Slick Rick, Doug E. Fresh etc. Et plus tard des trucs plus underground comme les Living Legends, les Hieroglyphics, Freestyle Fellowship, 2Mex, Company Flow, Del.

Et de nous jours, qui maintient le hip-hop en vie selon toi ?

Je dirais que Stones Throw Records sort des tas de choses que j’aime. Madlib est fascinant. J’ai aimé tous les disques récents de MF Doom. Mos Def, le Electric Circus de Common, le nouveau J-Dilla, Oldominion, les Living Legends. Il y en a tant, je pense vraiment qu’avec l’accès à des outils promotionnels comme myspace ça devient saturé. Il y a encore plus de talents à découvrir, mais aussi beaucoup plus de trucs pourris à passer au crible.

Des influences majeures en dehors du hip-hop ?

Oui bien sûr. Je suis influencé par un large spectre musical. J’adore le funk. Je pourrais écouter des breaks de b-boy indéfiniment. Du jazz, de la soul, du rock’n’roll, de l’electronica, du chill out et du trip hop, de l’alternatif et de la musique inclassable. J’aime vraiment la musique qui sort des cadres et qui brouille les frontières. J’aimerais mieux rester sans catégorie plutôt que de me voir classé dans un genre donné. La musique c’est une histoire d’humeur. C’est ce qui va bien au bon moment.

Un message final pour clore cette interview ?

Big ups à tous en France.

Merci beaucoup à fakeforreal.net pour cette interview et la critique sympa de mon album. Merci a tous ceux qui ont soutenu cet album. Et salut à tous mes homies en Arizona.

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