ACEYALONE & RJD2 - Magnificent City

Avancez Mesdames et Messieurs. Applaudissez. Réjouissez-vous. Pâmez-vous. Jubilez. Deux génies du hip-hop ont décidé d’œuvrer ensemble pour votre plaisir à tous ! Sauf qu’à bien y regarder, en fait de génies, que voit-on vraiment ? On voit une icône de plus en plus décrépie. L’auteur en groupe et en solo de quatre classiques hip-hop, un type qui a révolutionné le rap il y a dix ans, certes. Seulement voilà, justement, c’était il y a dix ans. Et c’est bien là le problème. A ses côtés, on voit aussi le producteur le plus surestimé de ces dernières années, RJD2, un pauvre beatmaker insignifiant qui doit toute sa réputation à l’étiquette Def Jux et à trois malheureux bons titres placés sur un album qui ressemblait avantageusement à du DJ Shadow.

ACEYALONE & RJD2 - Magnificent City

Alors, qu’attendre de cette réunion au sommet, soi-disant ? Bah pas grand-chose en fait, voire strictement rien. Et ça tombe bien. Car c’est exactement ce que propose Magnificient City : presque rien. L’album souffre irrémédiablement du grand défaut de RJD2 : une banalité crasse, une absence totale d’originalité vendue sous couvert d’éclectisme. Et que je te mette du metal ("Heaven"), et que je te balance du funk ("Fire"), et que je te sorte des cuivres ("All For You", "Disconnected"), et que je te fasse de l’électronique bizarre ("Mooore"), que je te dégaine une guitare mélancolique ("A Sunday Mystery" et son sample mieux employé récemment sur le Burgundy Brown d’Omni) ou des violons ("A Beautiful Mine"). Que je te fasse bouger la tête, et que je t’en mette plein les oreilles ("Cornbread, Eddie & Me"), mais surtout ne m’en demande pas davantage. Il n’y a guère que le synthé de "Supahero" et la harpe de "Here & Now" à sauver. Car dans sa carrière, RJD2 n’a été grosso modo inspiré que sur Dead Ringer. Et encore, bien moins qu’on a pu le dire. A part ça, il n’a su faire que des beats hip-hop de tâcheron.

Au milieu de tout cela, Acey ne s’en tire pas si mal. C’est le Compagnon du Freestyle qui assure à lui seul l’intérêt du sympathique morceau rock rebelle "Heaven". C’est son ego trip qui fait de "Fire", péniblement, un single présentable. Et son art du storytelling fait sourire sur "Solomon Jones". Aceyalone rappe bien, malgré des thèmes, des paroles et des exercices de style convenus. Mais comme sur Love & Hate, où il avait inauguré sa collaboration avec le Dead Ringer, il prouve qu’il ne sait plus dénicher les bonnes productions, ou plus probablement qu’il ne le souhaite plus. C’est triste, mais à ce tarif-là, mieux vaut télécharger les MP3 gratuits nu soul de Myka Nine, souvent ratés mais infiniment plus personnels, que se coltiner les infâmes titres récents d’un Aceyalone qui court désespérément après la reconnaissance dont il aurait dû bénéficier bien davantage, il y a longtemps, il y a dix ans. Et sûrement plus maintenant.

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