Global Hip Hop :: 2003 :: acheter ce disque

C'est qu'à première écoute, Regenerated Headpiece évoque davantage le hip hop exubérant et truculent de l'underground californien que le rap austère et formolé de la Côte Est. Pendant que deux rappeurs (Phon-X, également producteur, et Shred Lexicon) se livrent à d'habiles jeux de emceeing à deux voix sur un florilège de beats et sur une ribambelle d'instruments, le turnablist Exfyl s'adonne à de pertinentes démonstrations de deejaying (lesquelles ont valu au groupe de figurer sur une compilation du label culte Bomb Hip Hop Records). Et cela fait souvent mouche. La piano vagabond de "Cyclops Monocle", les ch&Mac254;urs de "Escape from Slavecamp", le petit tintement de "Saloon Funk", les scratches débridés de "Anthem Eaters" sont autant de réussites. Seuls quelques bavardages instrumentaux lorgnent parfois salement vers le jazz rock et viennent gâter l'album.

Les paroles ne sont pas en reste. C'était prévisible, le combat de chien dont il est question dans le titre est une métaphore de la vie, voire, à une échelle plus modeste, de la carrière de rappeur. Le thème est abordé dans "Dog Fight" ou dans "Grand Illusion". Mais comme il faut connaître ses vrais ennemis, les deux rappeurs savent aussi élargir le champ et donner dans la rhétorique "fight the power" ("Escape from Slavecamp", "Robot Whores", l'interminable et orgasmique final de "Retaliate"). C'est précisément là, grâce à cette musique abrasive et à ces paroles incendiaires que le rattachement à NY et le rapprochement avec Chuck D deviennent manifestes. C'est ici que Regenerated Headpiece gagne sa place dans la vaste mais très select famille du bon rap new-yorkais.