Autoproduit :: 2001 :: k-salaam.com

Et pour cause, il n'y a aucun mensonge sur la marchandise. Sur la longueur maximale du CD, le DJ réalise un remarquable aboutissement du genre, un travail impressionnant de détails et de minutie qui dépasse le simple exercice compilatoire sans virer pour autant à la démonstration technique.

Côté sélection, K-Salaam dévoile un spectre très large qui va du notoire (Guru, Rakim, Prodigy, les excellents "Oooh" de De La Soul et "Ante up" de MOP ; facile, mais finalement toujours aussi jouissif), aux indés (The Micranots et Atmosphere à deux reprises, The Grouch), en passant par l'Angleterre (les conservateurs Creators ou le plus excitant DJ Vadim) et par les artistes middleground (Reflection Eternal, Common, les Dilated Peoples). Inutile de reproduire ici un tracklisting, nous y serions encore à quatre heures du matin… Un dénominateur commun réunit toutefois cette pléiade morceaux : de grande qualité, ils sont tous ou presque sortis en 2000, à l'exception de quelques vieilleries comme "Follow the Leader". The Hands of Time est un excellent guide d'achat pour tout néophyte hip hop qui cherche un résumé de l'année précédente.

K-Salaam a beau aligner de nombreux titres, il ne se contente pas de figurer. Un tiers ou la moitié des plages sont ses propres compositions, et de sérieuses leçons de turntablism. La plupart du temps, il s'agit pour le DJ d'enchaîner ou d'annoncer des titres par force scratches. D'autres fois, quelques notes issues d'un titre non crédité viennent s'intercaler. Ainsi sur la sixième plage, où le titre de Born Allah se voit complété par un passage de "Doinit", le meilleur titre du dernier Common. K-Salaam, se défoule, K-Salaam se lâche. K-Salaam s'amuse même à mêler parfois paroles et instrumentations issues de deux titres distincts. Ainsi a-t-il la brillante idée de marier les paroles du "Quality Control" de Jurassic 5 au sample de AC/DC utilisé sur le "Dope Beat" de Boogie Down Productions. Le titre en devient meilleur que l'original de J5, c'est dire.

Rares sont les ombres qui viennent noircir ce brillant tableau. Dommage juste que K-Salaam ait préféré utiliser des titres expurgés de leurs "explicit lyrics". Cela livre quelques inepties regrettables, sur le "Seven" des Masterminds par exemple, privé de son meilleur passage, le début de l'intervention apocalyptique de El-P. Dommage aussi que la sélection tourne quelque peu en roue libre aux trois quarts environ du CD. Pour le reste, le DJ a manifestement réussi son ouvrage. Tout juste un amateur de "hip hop exigeant" peut-il chipoter et lui reprocher de n'être pas allé assez profond, de s'être contenté d'une sorte de best of officieux de l'année 2000. Mais qu'importe après tout, tant que le résultat est là.