DJ SHADOW – The Private Press
Sorti le 4 juin 2002,
chez MCA Records.
Six années, rien que ça, auront séparé The Private Press de Endtroducing… Un temps largement suffisant pour changer d’époque. L’écran de fumée trip hop dissipé, la filiation rap de DJ Shadow pleinement reconnue après force sorties et rééditions de ses compères de Quannum / Solesides, l’avènement d’une nouvelle génération de rappeurs indé chez qui son influence apparaît en filigrane et la résistance au temps de son premier album ont préparé le terrain de ce successeur.
Les motifs d’inquiétude ne manquaient pas. A bien y regarder, les sorties les plus captivantes du crew Quannum ne sont pas les plus récentes, mais plutôt celles rééditées sur l’impeccable Solesides Greatest Bumps. A l’instar du décevant Spectrum, DJ Shadow aurait pu multiplier les featurings inutiles, donner dans la grand messe et inviter, une fois encore, des Souls of Mischief fatigués ou des Jurassic 5 inoffensifs. Comme Blackalicious sur Blazing Arrow, il aurait pu tomber dans le piège du rap adulte. Il aurait pu enfin jouer à la baudruche, comme avec le projet UNKLE.
Mais voilà, The Private Press vient de sortir, et ce nouvel album n’a rien de Psyence Fiction. Il en est l’exact contraire. Homogène, constant, il apparaît aussi plus austère et moins gargantuesque que Endtroducing… Pas d’appât comme « Organ Donor » ou le mélancolique « Midnight In A Perfect World » cette fois. Seuls « Six Days » et « Blood On The Motorway » (avec ses faux airs de Van Morrison) peuvent être qualifiés d’immédiats, sans doute parce qu’ils sont chantés.
Dans la lignée de cet « You Can’t Go Home Again » avant-coureur, le reste de The Private Press est fait d’instrumentaux brillants. Des titres souvent psychédéliques, mais aussi plus cérébraux et moins sensuels que par le passé, jusqu’à rappeler Req dans certains moments (« Monosyllabik »). Les détracteurs de Shadow, auront certes toujours beau jeu de dénoncer ses samples démonstratifs de virtuose et ses instrumentaux tarabiscotés, mais ils devront aussi reconnaître que l’emphase qu’ils regrettaient sur certains de ses travaux est aujourd’hui moins présente.
Six ans de discrétion en solo laissaient présager un manque d’inspiration tout autant qu’une volonté de perfectionnisme. The Private Press montre que la deuxième option était la bonne. DJ Shadow convainc avec cet album abouti, auquel on souhaite la même postérité que Endtroducing…