DIGABLE PLANETS – Blowout Comb
Sorti le 18 octobre 1994,
chez Pendulum Records et EMI Records.
Digable Planets, le trio composé de Butterfly, Ladybug Mecca et Doodlebug, n’a pas survécu bien longtemps, mais il a fait carton plein. Les seuls albums qu’ont enregistré ensemble ces trois rappeurs sont tous deux des classiques, deux sommets d’un jazz rap nonchalant, raffiné (et nettement engagé à gauche). Ces deux disques, toutefois, ne sont pas tout à fait les mêmes.
Porté par l’irrésistible single « Rebirth Of Slick (Cool Like Dat) », Reachin‘ demeure l’album le plus accessible de Digable Planets, l’un des plus emblématiques de la fusion jazz et hip-hop qui bat son plein autour de 1993. C’est pourtant le second, un très travaillé Blowout Comb, qui remporte l’adhésion des puristes. Limitant l’usage des samples, poussant au bout de sa logique l’alliance entre rap et jazz, le trio y convie de « vrais » musiciens, par exemple Donald Harrisson d’Art Blakey & The Jazz Messengers. Et il y livre des compositions plus complexes et délicates, plus longues aussi, certaines dépassant allègrement les cinq minutes et s’offrant le luxe de quelques solos.
Les trois rappeurs affermissent aussi leur crédibilité hip-hop, mise à mal par leur succès crossover et le gain d’un Grammy Award, en dévoilant un phrasé plus maitrisé et plus acéré que sur le disque précédent, où se distingue plus que jamais la voix féminine de Ladybug. Toujours aussi cultivés et politisés (la première plage porte le nom d’un mouvement insurrectionnel chinois…), ils poussent plus avant la rhétorique pro-black, ils célèbrent davantage encore la communauté noire, jusque dans le choix du nom de l’album, celui d’un produit de beauté autrefois prisé par les Afro-Américains. Enfin, ils invitent d’autres grands noms du rap, Jeru the Damaja et Guru, à chroniquer la rue et à célébrer le quartier d’où ils proviennent tous, un Brooklyn qu’ils citent à outrance.
Sur Blowout Comb, Digable Planets semble vouloir montrer son intégrité et démentir son statut de groupe de rap pour ceux qui n’aiment pas le rap. Il refuse la facilité de refrains trop accrocheurs, et c’est sur la longueur, au fil des écoutes, que cet album dévoile son goût. C’est par son contraste entre la gravité des propos et cette tonalité légère, fluide et douce apportée autant par le phrasé suave des rappeurs que par cette musique tout en saxophone, guitare ou vibraphone chaleureux. C’est par cette saveur aigre-douce, représentée entre autres par ce « Dial 7 (Axioms Of Creamy Spies) » en partie chanté, très mélodique, et néanmoins un véritable manifeste de fierté noire.