DEATH GRIPS – Exmilitary
Allier le rock au hip-hop, multiplier leur impact en mélangeant ce que chacun a de plus sale, de brutal et d’abrasif, guitares furieuses d’un côté, déclamations belliqueuses de l’autre, n’a rien d’une idée neuve. Ce n’est pourtant pas à Run-D.M.C. et à Public Enemy, ni même à Rage Against the Machine, que fait penser cette mixtape, Exmilitary, l’une des sensations de l’année 2011 sur la blogosphère rap. Non, c’est un groupe bien plus confidentiel, Food For Animals, qu’évoquent parfois ces gens de Sacramento emmenés par le producteur Zach Hill et par un certain MC Ride.
Jusque dans ses défauts, cette sortie de Death Grips rappelle leur album Scavengers. Comme avec le premier album du groupe de D.C., Exmilitary dégaine d’emblée sa meilleure arme, ce « Beware » qui vous saute à la gorge avec ses éructations raps, son rythme lent et sa guitare. Comme l’autre encore, il s’avère éprouvant, exténuant, épuisant, à force d’user sans limite d’effets bulldozer, de vouloir à tout prix agresser et noyer l’auditeur sous une pluie de bruits, de beats dissonants, de raps graves et d’envies irrépressibles de destruction, de drogues et de sexe.
Si Death Grips est éreintant, ce n’est pourtant pas faute de diversité. Le groupe s’emploie souvent à changer de registre. Il se lance dans des bizarreries, la plus marquante étant ce « Guillotine » construite sur des sons métalliques, où l’on entend glisser la lame de l’engin en question. Souvent, c’est au-dehors des Etats-Unis que Zach Hill et MC Ride cherchent leurs sonorités, par exemple du côté du baile funk brésilien, ou du dancehall jamaïcain, avec des curiosités comme « Thru The Walls » et « Lord Of The Game », en compagnie d’une certaine Mexican Girl. On trouve même un instrumental tout en synthétiseur bizarre, avec « 5D ».
Et si la présence de guitares rock est une constante, le panel est large : tandis que « Spread Eagle Cross The Block » invoque le « Rumble » du pionnier rock’n’roll Link Wray, « Klink » reprend les premières notes de l’hymne de Black Flag « Rise Above ». « Lord Of The Game » sample l’Anglais fou furieux Arthur Brown. On entend un extrait du « The Supermen » de Bowie en introduction du bien nommé « Culture Shock ». Et le « Interstellar Overdrive » de Pink Floyd est à la base de ce puissant « I Want It I Need It (Death Heated) » de toxico et d’obsédé sexuel, un autre moment fort après « Beware ».
Ce n’est donc pas le manque de variété qui fait défaut à Exmilitary. Ca n’est aucun titre en particulier. C’est juste l’ensemble qui est étouffant, assommant. Et délectable, parfois, mais à une seule et unique condition : celle d’aimer se faire découper en morceaux, à grands coups de machette.