100 des meilleurs albums rap des années 2000

100 des meilleurs albums rap des années 2000

Longtemps, les années 2000 ont été les mal-aimées de l’histoire du rap. Jamais, alors, ce genre musical n’a été si bien installé, et pourtant, artistiquement, il semble sur le déclin. Il souffre surtout de la comparaison avec la glorieuse décennie précédente, celle des grands classiques incontestables signés Nas, Wu-Tang Clan, Mobb Deep, Dr. Dre, Snoop Dogg et Outkast, celle de la mythologique confrontation entre les deux côtes américaines, celle des destinées dignes d’une tragédie grecque de Biggie et de 2Pac. Celle quand tout ce barnum s’installe avec fermeté au cœur des musiques populaires.

Cette autre décennie, pourtant, est tout aussi fabuleuse que la précédente. Mais elle est impactée par deux phénomènes.

L’un d’eux est la crise du disque. Concurrencé par le Web, le CD n’est plus une vache à lait, et l’industrie devient beaucoup plus prudente. Elle évite le risque et elle cible ses décisions d’investissement, délaissant ses artistes les moins rentables, espaçant les sorties de ses stars, ne laissant plus rien au hasard en privilégiant les blockbusters. Aussi, elle croit avoir appris comment lancer, formatter et promouvoir un rappeur, et les artistes qu’elle signe n’ont plus toujours les coudées franches.

L’autre problème du rap, c’est qu’il est devenu trop populaire. A l’origine, il était un milieu délimité et bien identifié. Lisez n’importe quelle biographie d’un rappeur des années 90, et vous verrez qu’ils se connaissaient tous, que c’était un tout petit monde, dont le moteur était l’émulation. Mais cette intelligentsia rap vieillit, elle s’embourgeoise, elle est moins pertinente qu’avant et c’est alors le réseautage, plutôt que le talent, qui détermine quels nouveaux rappeurs elle coopte. Ce rap-là commence à se manger la queue, il s’auto-célèbre, comme le montre l’exemple flagrant de The Game, rappeur adoubé par Dr. Dre et sa bande, qui s’emploie (avec réussite, dans son cas) à rejouer les moments cultes de sa musique.

Le rap continue de vivre, pourtant. Mais en d’autres lieux. Le rap des années 2000, en effet, c’est d’abord celui du Sud. Venue d’Atlanta, Houston, Miami, Memphis, La Nouvelle Orléans ou Baton Rouge, cette musique souvent populiste heurte les esthètes, mais elle insuffle au genre de la vigueur, de l’énergie, de l’inventité, des audaces, une odeur de soufre, et parfois une humeur dansante qui en avait pour partie disparu dix ans plus tôt. Et dès le milieu de la décennie, s’amorce avec T.I., Jeezy et Gucci Mane la grande révolution trap music, ce genre musical qui deviendra la bande-son et la norme des années 2010.

Le rap continue de vivre, mais en ses marges. Au début de la décennie, même s’il est passé de mode chez les hipsters, le grand réseau souterrain du rap indépendant (qui est loin de se réduire à son noyau dur backpacker) continue à délivrer quelques pépites, loin des regards du grand public. Et à la fin de ces dix années, nous entrons dans l’âge d’or des mixtapes, ces anciennes compilations de DJs devenues les albums alternatifs de rappeurs qui n’auraient jamais pu être aussi créatifs et prolifiques sur des sorties commerciales.

La production, en vérité, n’a jamais été aussi dense. Mais éclatée, éparpillée, dispersée sur Internet au lieu d’être accessible dans l’espace limité d’un disquaire, elle est difficile à saisir et à appréhender. Nous quittons l’époque des œuvres consensuelles connues et reconnues par tous les fans. Le public se diversifie, il se divise, il se fragmente, il se stratifie en fonction des régions et des générations. Et comme la liste suivante le montrera, il n’est sans doute plus possible de citer cent albums de référence qui bénéficient de l’assentiment général.

The Notorious S.Y.L.V.

The Notorious S.Y.L.V., a.k.a. Codotusylv, écrit sur le rap et tout un tas d'autres choses depuis la fin des années 90. Il fut le fondateur des sites culte Nu Skool et Hip-Hop Section, et un membre historique du webzine POPnews. Il a écrit quatre livres sur le rap (dont deux réédités en version enrichie), chez Le Mot et le Reste.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *