SWAVAY – BILLY2
Sorti le 9 mai 2025,
chez Crazyman.
Comme beaucoup à Atlanta, dans les années 2010, André Khaliel Jones enregistre du rap à tire-larigot, dès l’adolescence. Un jour, par chance, son titre « Quicktrip » se fait remarquer par Metro Boomin, alors qu’il cherche à monter son label. Celui qui se fait appeler SwaVay devient ainsi le premier à rejoindre Boominati Worldwide, en 2017. Être pris sous l’aile de celui qui est alors la valeur montante de la production à Atlanta est déjà une petite victoire. Néanmoins, ça ne s’arrête pas là.
C’est bientôt James Blake, qu’il rencontre en studio. Et ces deux-là, si différents soient-ils, se plaisent immédiatement. L’Américain est invité avec JID sur un morceau de l’Anglais, « Frozen », sur l’album Friends That Break Your Heart. Puis les deux hommes poursuivent assidûment cette collaboration. James Blake apparait à son tour sur un album de SwaVay, Almetha’s Son, en 2022, et c’est avec son appui qu’il sort Billy, deux années plus tard, un EP qui lorgne ostensiblement du côté du R&B.
Billy2 en est la suite. La pochette, d’ailleurs, est la même que pour le précédent projet : elle montre un escalier, dans une zone résidentielle d’Atlanta. Mais la cohorte de femmes qui orne le premier y est remplacée par toute une bande d’hommes (une autre sortie de cette année, No Deluxe, montre le même endroit sans plus personne). Ce changement de sexe n’a bien sûr anodin. Car au très sirupeux Billy, un EP dont la langueur et la mélancolie soulignaient la parenté avec James Blake, succède une seconde édition nettement plus virile. SwaVay ne chante plus, il rappe. Et ça n’en est que meilleur.
L’intro remet les pendules à l’heure. Tout en se prétendant le fils de Prince et de Michael Jackson, le rappeur proclame son intégrité et il cherche à montrer son adresse avec les mots. Et le morceau suivant, « bean », après un faux départ qui, à cause du sample du « Whole Lotta Something Goin’ On » de Raphael Ravenscroft (popularisé autrefois par Beanie Sigel), laisse penser qu’on va retrouver les chants suaves du EP précédent, embraye par surprise sur du « real trap shit ». Dès lors, c’est un rap rude que l’on entend. SwaVay proclame son authenticité, comme si ses projets précédents l’avaient mis à mal. La vie est consacrée au travail ingrat de dealer (« dunn dunn »). L’agressivité et la suspicion sont de mise (« im important »). Les affaires de filles ne sont pas des histoires d’amour (« elroy »), à part peut-être sur le final « dem girls », où le rappeur expose un brin de vulnérabilité.
Pour être honnête, tout cela n’est pas toujours sensationnel, mais SwaVay delivre quelques morceaux intenses avec des saillies qui font bien plaisir. Celle-là notamment, sur le single « Bishop » :
2025.
I don’t wanna hear a god damn thing no more
About Drake and no Kendrick
En 2025,
Je veux plus entendre la moindre foutue chose
A propos de Drake ou de Kendrick.
On est loin de James Blake. Et malgré tout le respect que l’on doit à l’Anglais, ce n’est pas plus mal. Parfois, il vaut mieux ne pas mélanger les torchons et les serviettes. Il faut juste du « real trap shit ».