CLIPSE – Lord Willin’

CLIPSE – Lord Willin’

Sorti le 20 août 2002,
chez Star Trak Entertainment et Arista Records.

La carrière de Clipse a mis du temps à décoller. Le duo, en effet, existe déjà en 1992, dix ans avant son succès. Il décroche en 1996 un contrat chez la major Elektra Records, et il enregistre son premier album, Exclusive Audio Footage. Seulement voilà. L’échec du single « The Funeral », incite le label a remiser leur opus au placard, et les frères Thornton demeurent pour longtemps dans l’obscurité.

Malice et Pusha T ne viennent pas au bon endroit. Au début des années 90, Virginia Beach n’a pas encore sa place sur la carte du rap. Mais quelques temps après, la donne change avec le succès de Timbaland, de Missy Elliott et des Neptunes. Avec l’aide de ces derniers, et via leur maison, Star Trak, les frères retrouvent un label, Arista. Ils conçoivent alors un premier album officiel rempli de gens en vue (Faith Evans, Fabolous, Jermaine Dupri, Jadakiss, Styles P…). Et grâce à l’un des singles les plus emblématiques de l’époque, « Grindin' », ils accèdent à la première division du rap.

Playas, we ain’t the same
I’m into ‘caine and guns

Petits joueurs, on est pas pareils
Moi je suis dans la coke et les flingues

Ainsi Pusha T entame-t-il le disque sur « Intro ». Ceux qui, sur ce premier album de rap entièrement produit par eux, pensaient retrouver la pop des Neptunes, sont démentis. A l’image de « Grindin' » et de sa musique rythmique et dépouillée, la rudesse domine sur cet album. Quelques années avant l’ère de la trap music, les frères Thornton ne parlent déjà plus que de drogue. Ce n’est pas le rap qui compte (« I’m Not You »), mais le crime, une tradition familiale (« Young Boy »). On le pratique assidûment (« Grindin' ») et on sort facilement les TEC (« Ego »). Et si le sexe est la seule alternative à ce labeur (« Let’s Talk About It »), les filles n’ont pas d’importance (« Ma, I Don’t Love Her »).

Avant eux, le rappeur était occasionnellement un dealeur. Mais avec Clipse, il n’est plus que ça, puisqu’il n’y a rien d’autre à faire en Virginie, ce lieu maudit pour les hommes noirs :

Ironic, the same place I’m makin’ figures at
That there’s the same land they used to hang niggas at,
In Virginia

Ironique : l’endroit où je fais du chiffre,
C’est la même terre où ils lynchaient des négros,
En Virginie

Les sons accentuent ces paroles âpres et amorales. Plusieurs titres (« Intro », « Virginia », « Comedy Central ») sont aussi minimalistes et aussi répétitifs que « Grindin' ». Et même quand ils ne le sont pas, même quand on retrouve l’inventivité légendaire des Neptunes, qu’ils dégainent des instruments inhabituels (les steel drums de « I’m Not You »), que Pharell y va de son plus beau falsetto (« Young Boy », « Gangsta Lean »), que les synthés deviennent carillonnants (« Cot Damn ») et qu’on nous emmène danser dans le (strip) club (« When The Last Time »), on ne sombre pas dans le confort et la joliesse de certains tubes des producteurs. La musique se réduit au minimum, car si Clipse prétend placer le deal avant la musique, ce que le duo propose est bel et bien du rap de rappeurs.

Porté par « Grindin », Lord Willin’ est un jalon, et un énorme succès. Il signe l’avènement d’un genre, le cocaine rap, dont Clipse est le synonyme. Il est dit, cependant, que la carrière du duo continuera d’être accidentée. De nouveaux problèmes de label repousseront la sortie du prochain album. Mais une fois encore, l’attente en vaudra la peine. Quatre ans après, plus homogène qu’un Lord Willin’ trop dépendant de ses singles, Hell Hath No Fury s’imposera comme la grande œuvre de la fratrie.

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The Notorious S.Y.L.V.

The Notorious S.Y.L.V., a.k.a. Codotusylv, écrit sur le rap et tout un tas d'autres choses depuis la fin des années 90. Il fut le fondateur des sites culte Nu Skool et Hip-Hop Section, et un membre historique du webzine POPnews. Il a écrit quatre livres sur le rap (dont deux réédités en version enrichie), chez Le Mot et le Reste.

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