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MC LYTE - Lyte As A Rock

, 22:58 - Lien permanent

MC Lyte aurait été la première rappeuse à sortir un album solo en bonne et due forme. Mais comme la place des femmes dans le rap n’a jamais été acquise, cela ne s’est pas fait facilement. Son arrivée chez la major Atlantic, en effet, a été imposée par Nat Robinson, le patron du petit label First Priority et le père des deux membres d’Audio Two, un duo que l’industrie courtisait après le succès de "Top Billin'", la face B de son premier single. Lana Moorer, de son vrai nom, était alors proche des deux frères (à tel point qu’elle fut souvent présentée, à tort, comme leur sœur), et toute cette petite équipe voulait poursuivre l’aventure ensemble. L’ironie, cependant, c’est que l’histoire du hip-hop n’a retenu Audio Two que pour le titre susnommé, alors que leur amie est devenue sa première grande dame.

MC LYTE - Lyte As A Rock

First Priority / Atlantic :: 1988 :: acheter cet album

Et si MC Lyte a acquis ce statut, c’est pour une raison simple : comme le démontrait Lyte As A Rock, sorti alors qu’elle n’avait même pas 18 ans, elle faisait aussi bien que les hommes. La jeune femme de Brooklyn, qui avait commencé à rapper à l’âge de 12 ans, les prenait à leur propre jeu : elle se livrait avec éloquence à des égo-trips dévastateurs, elle vantait aussi les prouesses de ses DJs, elle représentait son quartier avec conviction sur "Kickin' 4 Brooklyn", et elle se lançait avec agressivité dans du battle rap, s’attaquant notamment à sa rivale Antoinette sur "10% Dis", qu’elle accusait d’avoir plagié "Top Billin'". Elle donnait aussi dans le storytelling à caractère social sur ce qui avait été son premier titre, "I Cram to Understand U", écrit à l’âge de 16 ans, où il était question d’un amant que l’addiction au crack lui avait volé. Tout cela était redoutable, même si la production (essentiellement signée par Audio Two, mais aussi, sur "MC Lyte Likes Swingin'", par un certain Prince Paul dont le groupe d’alors, Stetsasonic, était proche de cette clique), évidemment datée aujourd’hui, vient modérer le constat.

MC Lyte prenait parfois le parti de son sexe. "I am Woman", par exemple, était évidemment une allusion à la chanson du même nom d’Helen Reddy, devenue en Amérique l’hymne officieux du Mouvement de Libération des Femmes. "Big Girls Don't Cry" invitait toutes les filles à être comme elle : fortes. Et "Paper Thin", l’un des tubes de l’album, était une déclaration d’indépendance vis-à-vis d’un compagnon volage, menteur et manipulateur. Mais à bien des égards, MC Lyte se fondait dans le rap pratiqué par ses collègues masculins. Elle adoptait leur mode vestimentaire, et ne manifestait sa féminité que par du maquillage et des bijoux discrets. Même la pochette, même son nom, entretenaient l'ambiguïté sur son identité. Visiblement, elle ne voulait pas être résumée à sa qualité de femme. Elle ne cherchait pas être reconnue, comme cela sera pourtant le cas, comme la plus grande rappeuse des débuts du hip-hop, mais comme l’un de ses grands rappeurs.

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