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THE WEEKND - House of Balloons

, 23:05 - Lien permanent

Le format mixtape, employé comme album de substitution, est tellement devenu une norme dans le rap, autour de 2010, qu'il a largement débordé sur les genres cousins, à commencer par le plus proche : le R&B. Tout comme Frank Ocean, une autre future star de cette musique, et avec la trilogie entamée par House of Balloons, Abel Tesfaye a emprunté cette voie pour se faire connaître. Il a suivi en cela le chemin tracé par son compatriote canadien Drake. C'est d'ailleurs en partie grâce à ce dernier qu'il s'est fait connaître, tant et si bien qu'on a cru que Noah "40" Shebib, le producteur de l'auteur de Take Care, était celui qui se cachait derrière le pseudonyme The Weeknd. L'erreur était excusable, le chanteur ayant entretenu un temps le mystère sur sa personne, et ses similitudes avec Drake ne s'arrêtant pas à l'usage du Web et de sorties gratuites comme mode de promotion.

THE WEEKND - House of Balloons

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Tout comme ce dernier, Tesfaye ouvrait son genre de prédilection à des influences qui lui étaient inhabituelles, issues par exemple du post-punk ou de l'indie rock. Le morceau éponyme de l'album, notamment, était une déclinaison du "Happy House" de Siouxsie & the Banshees. Son grand temps fort, "The Knowing", contenait des extraits du "Cherry Coloured Funk" des Cocteau Twins. Et deux titres recyclaient la musique de Beach House. Seul un sample d'Aaliyah fournissait à House of Balloons une matière plus orthodoxe. Amplifié par des sonorités plus attendues des musiques électroniques, ainsi que par la lenteur générale des morceaux, tout cela conférait aux chansons de The Weeknd, en surcroit des vocalises affectées et sur-jouées qui définissent le R&B moderne et de ce chant fragile inspiré par Michael Jackson, une insolite texture atmosphérique et une ambiance qui virait au malsain.

Côté paroles, s'observait la même altération du genre. S'il y était question de ses thèmes usuels, désirs, peines sentimentales, amours non réciproques, The Weeknd les abordait sur un mode sordide, faisant état de son expérience du sexe et des drogues de toutes sortes. Il nous présentait le prix à payer pour l'hédonisme, chantonnant sur "Wicked Games" des mots comme "apporte-moi ton amour, et je te donnerai ma honte, apporte moi des drogues, je te donnerai ma peine", et faisant allusion, sur "Loft Music", à une fille se shootant dans une salle de bain. Il nous présentait la face glauque de la fête, de la coke et de la débauche, dans une démarche finalement assez proche, côté rap, de celle d'un Future.

Avec une telle esthétique vénéneuse, plus rock qu'autre chose, avec aussi l'aspect très mode de sa coupe de cheveux inspirée de Jean-Michel Basquiat, tout comme de ses pochettes très décalées, Abel Tesfaye deviendrait vite le favori des hipsters, collaborant avec des Daft Punk ou des Lana Del Rey. Avec quelques autres, on lui collerait même l'étiquette de R&B alternatif, et un journaliste prétendrait que, s'il n'avait pas été Noir, The Weeknd aurait été classé dans un autre genre. Mais qu'importent les querelles de chapelle. Avec cette première mixtape, le chanteur offrait, grâce à des titres aussi intenses que "High for This" et "The Knowing", grâce à des morceaux aussi hantés que "Glass Table Girls", "What You Need" et "Wicked Games", grâce aussi à la beauté glacée d'un "The Morning", un nouveau futur à son genre de prédilection, en même temps qu'il en devenait un grand nom.

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