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T.I. - Trap Muzik

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Il est facile de démontrer la place cruciale de Trap Muzik dans l'histoire du rap. Ce second album de T.I., en effet, est celui qui a accéléré la carrière du rappeur. Après l'échec de I'm Serious, un premier projet décevant malgré l'appui des Neptunes et de figures comme Too $hort, l'homme autrefois connu sous le nom de Tip avait su rebondir. Après sa contribution remarquée au tube "Never Scared", de Bone Crusher, la création de son propre label (Grand Hustle Records), une nouvelle signature en major (Atlantic), des mixtapes conçues avec l'aide de son groupe P$C et d'un certain DJ Drama, Trap Muzik lançait une campagne réussie de conquête du grand public, qui culminerait avec King, T.I. vs. T.I.P. et Paper Trail.

T.I. - Trap Muzik

Grand Hustle / Atlantic :: 2003 :: acheter l'album

L'autre raison, plus fondamentale encore, de ne pas ignorer cet album, c'est qu'il a donné son nom au sous-genre musical le plus influent des 10 ou 15 années à venir. Avec ce disque, la vente de drogue (symbolisée par la trap, cet endroit utilisé par les dealers pour concocter et écouler leurs produits) devenait comme jamais le thème central du rap. Les paroles, par exemple celles de Mac Boney sur le titre éponyme, donnaient des indications précises sur l'élaboration et le trafic de stupéfiants. Sur le titre du même nom, T.I. nous parlait fièrement de son statut de "Rubber Band Man", du nom de ces élastiques placés autour de ses poignets dans le but de lier ses (nombreux) billets, et il s'y dépeignait des armes à la main. Il présentait tout cela comme une activité normale, sur "Doin My Job". Et quand il faisait une pause, c'était naturellement pour exhiber sa réussite matérielle ("Look What I Got", "Bezzle") et pour nous parler des échappatoires à la vie laborieuse de dealer : le sexe, les femmes ("Let's Get Away") et les tours en bagnole ("24"s").

Avec cet album, T.I. marquait aussi l'avènement d'une nouvelle génération de rappeurs d'Atlanta, distincte de celle d'Outkast et de Goodie Mob. Conçus principalement par le local de l'étape DJ Toomp, son producteur habituel, les sons se montraient plus âpres, mais aussi plus dansants, plus sautillants et souvent plus chaleureux ; plus conformes, en somme, à ce qui se passait réellement sur la scène locale. Trap Muzik, en fait, a été l'un des grands manifestes du rap sudiste, T.I. s'en proclamant le roi sur "Kingofdasouth". Y étaient conviés d'ailleurs quelques-uns des rappeurs méridionaux les plus emblématiques : 8Ball, MJG et Bun B sur ce "Bezzle" si excellemment sudiste, et David Banner sur "Rubber Band Man". Pour les auditeurs, cependant, la transition était encore douce, les sonorités se faisant parfois plus nordiques quand, sur "Doin' My Job" et sur "Let Me Tell You Something", intervenait avec ses samples soul typiques l'un des responsables du son Roc-A-Fella, lui aussi à l'aube d'une grande carrière : un certain Kanye West.

T.I. qui s'était fait une place en écrivant des textes pour les autres, avait aussi suffisamment d'agilité verbale pour plaire à la génération d'avant. Son album, sans ambages ni délicatesse, parlait de drogue, mais avec adresse et intelligence. Et il ne la glorifiait pas toujours, il n'était pas tout à fait dépourvu de moralité. Ainsi, sur "Doin My Job", le rappeur détaillait comme bien d'autres avant lui le contexte social à l'origine du deal. Sur "T.I. vs. T.I.P", il s'engageait dans un dialogue entre ses deux personnages, le délinquant du début et le parvenu d'aujourd'hui. Sur "I Still Luv You", il exprimait des remords pour les dégâts causés à sa copine, à son père, et à sa fille. Et sur "Be Better Than Me", il exhortait les autres à sortir de la rue, et de cette trap qui reprenait alors son sens originel : celui de piège.

S'exprimer sur le quotidien des dealers n'était souvent qu'un prétexte pour T.I. Dès l'introductif "Trap Muzik", il s'en servait pour dépeindre une autre existence, tout aussi précaire, cruelle et concurrentielle : celle de rappeur. La métaphore était filée sur de nombreux morceaux : par exemple, le parallèle entre les deux vocations était constant sur "Be Easy" ; et "I Can't Quit" ne parlait pas de sa dépendance à la drogue (ou à la délinquance), mais de son addiction à la musique, de son envie de persévérer après la déconvenue qu'avait été son premier album.

T.I., en effet, n'abandonnerait pas : ni sa carrière de rappeur, qui l'emmènera loin, ni son aura de malfaiteur. Il ne tranchait pas tout à fait, comme avec ce "Long Live da Game" où on ne savait pas trop s'il dénonçait ou s'il rendait hommage à son statut de dealer. Car T.I., en fait, resterait toujours T.I.P., la petite frappe des débuts. Et c'est ce que l'on aimerait chez lui. C'est le "Rubber Band Man" impénitent. C'est tout ce qui reste de Trap Muzik, une fois le disque dépouillé de ses joliesses soul / R&B et des prises de partie moralisatrices conditionnées par sa sortie en major. C'est cette vraie trap music que bien d'autres après lui, à commencer par Young Jeezy, mèneraient bientôt au comble de sa pure impureté.

Vos 5 albums / mixtapes 2003

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