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PRINCESS NOKIA - 1992

, 18:05 - Lien permanent

On ne fait de la bonne musique que quand elle nous ressemble. Or, 1992 ressemble à New-York. Pas seulement, comme son titre le laisse penser, parce que ce projet puise sa matière dans cet âge d'or du rap new-yorkais qu'a été la décennie 90 (plus qu'un clin d'œil à ces années là, 1992 est en fait la date de naissance de l'auteure). Mais parce qu'elle reflète à merveille l'esprit et les valeurs de la grande métropole libérale et progressiste des Etats-Unis ; parce qu'elle est, en majeure partie, un fantasme pour hipster, avec ses sonorités où se multiplient les influences exogènes, musiques électroniques ou autre, avec aussi la posture de la rappeuse, une féministe affirmée, fière de son sexe et de ses origines métissées, et fermement engagée dans la défense de toutes les minorités.

PRINCESS NOKIA - 1992

Autoproduit :: 2016 :: princessnokia.org :: écouter le disque

Princess Nokia n'en est pas à ses débuts. La jeune femme d'origine portoricaine, dont le vrai nom est Destiny Frasqueri, a déjà sévi sous l'alias de Wavy Spice, ainsi que sous son seul prénom. Elle a sorti son premier titre en 2012, puis deux mixtapes, Metallic Butterfly et Honeysuckle, donnant autant dans un rap dur que dans du R&B, et elle a côtoyé Ratking, groupe emblématique de ce type de hip-hop alternatif. L'un de ses membres, Wiki, le seul autre à rapper sur 1992, a d'ailleurs été son compagnon. Ce dernier projet, cependant, lui a apporté une notoriété nouvelle. Décuplée par une tournée en Europe et par un rôle de modèle pour Calvin Klein, elle lui a presque valu plus d'articles dans la presse musicale généraliste, voire dans celle consacrée à la mode, que dans celle dédiée au rap.

Ce qui a frappé les esprits, donc, est le féminisme de la rappeuse. Il se traduit par des appels à la solidarité féminine et par le refus des canons de beauté, comme dans le passage le plus commenté de 2012, celui où elle affirme avec orgueil avoir des petits seins et un gros ventre. Il se manifeste aussi, voire surtout, par une appropriation subversive des poses machistes habituelles au rap. Princess Nokia, en effet, rappe sur un mode agressif, son pseudonyme lui viendrait du deal de drogue (Nokia, comme le mobile qui lui servait à communiquer avec ses clients), et elle utilise le vocabulaire de ses pairs masculins, jusqu'à jouer à plusieurs reprises d'un très efficace "suce ma bite". Plutôt que de jouer le numéro de la poupée sexuelle ou de la femme mûre, ce garçon manqué, ce "Tomboy", pour paraphraser le single phare de 2012, s'attarde dans l'enfance, comme seuls les hommes sont usuellement autorisés à le faire. Elle nous parle de skate, de comics, de jeans baggy et du jeu Mortal Kombat. Elle se remémore aussi, sur "Bart Simpson", autre référence d'époque, le temps où elle était une élève indisciplinée.

Le seconde trait marquant est la musique. Avec ses sons plus proches de l'IDM que du hip-hop canal historique (sur l'excellent "Brujas", par exemple), Princess Nokia renoue avec une tradition rap afro-futuriste qui remonte aux années 80. Elle use aussi d'accents ethniques, et d'un éclectisme certain, allant de la soul rétro de "Saggy Denim", à un freestyle, "Tweety Bird", déclamé sur la musique du "Last Dayz" d'Onyx, en passant, sur l'efficace "Kitana", par une production signée par les désormais inséparables A-Trak et Lex Luger. Elle mélange tout cela à la façon de ses devancières M.I.A. et Santigold, deux figures féminines qui, comme elle, ont eu un pied dans le hip-hop et un autre ailleurs, deux influences revendiquées à en croire une interview donnée à un confrère, et dont Princess Nokia nous offre une déclinaison sur un mode plus ghetto, et substantiellement new-yorkais.

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