Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

LORD NARF - Witchcraft

, 22:34 - Lien permanent

Lord Narf fait honneur au collectif Awful Records, cette collection d’allumés basés pour l’essentiel à Atlanta. Elle donne pleinement corps aux aspirations expérimentales de ces rappeurs iconoclastes. Comme eux, elle représente une nouvelle génération pour qui le rap va de soi, pour laquelle il coule de source, il fait partie des meubles (la jeune femme confiait dans une interview que c’était la musique de ses parents ; et oui, nous en sommes là…), mais qui ne se sent aucun devoir de conservation ou d’élévation à son égard, qui n'a aucun respect particulier pour lui ; qui s'accorde, en somme, le droit d’en faire exactement ce qu’elle veut.

LORD NARF - Witchcraft

Awful Records :: 2016 :: acheter l'album

Après le déjà recommandable EP Sick, en 2015, la rappeuse, l'année d'après, a affiné son style avec un autre projet, conçu exclusivement avec d’autres membres d’Awful Records (Father, Alexandria, Tommy Genesis, Ethereal), produit essentiellement par ses propres soins, et intitulé Witchcraft. Lord Nard se présentait donc comme une sorcière, ce qui semblait fondé à entendre sa voix, basse et hypnotique, s'étaler sur musique lente, bizarre et fantomatique, soutenue à l’occasion par un orgue funèbre ("Succession of Witches") ou parcouru d’un rire sinistre ("Leave Yo Azz Alone"). Comme elle l’avait prouvé la même année, quand elle avait collaboré sur tout un projet (la mixtape AUTOYURNT) avec le rappeur blanc Slug Christ, sans doute le plus dérangé de l’écurie Awful, Lord Narf ne brossait pas son auditeur dans le sens du poil, elle en bousculait les habitudes.

C’était pourtant toujours du rap, avec ses emprunts rituels au R&B quand Alexandria chantait ("Ex"), et des motifs rythmiques hérités de la trap music locale. Et même si elle semblait parfois marmonner, même si elle usait d'onomatopées et de répétitions ("Free My Jack", "Quit It", "Link Up"), Lord Narf était une rappeuse à l’ancienne, adroite avec les mots, prompte aux accélérations sur le mode double-time ("For Free"). Et ses thèmes (l’argent, la violence, le sexe, abordés sur une suite de rodomontades), étaient immanquablement ceux du rap.

Avec elle, cependant, cette musique était tournée sens dessus dessous. Lord Narf la rendait neuve, voire méconnaissable. Avec ce Witchcraft, elle ne ressemblait plus qu’à elle-même. Comme attendu avec Awful Records, donc, c’était original. C’était déroutant, c’était perturbant. Mais en plus, c’était bien. Et même très bien, quand elle nous surprenait avec ces grands titres qu'étaient "Quit It" et "Link Up".

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet