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ALL STAR - Starlito's Way 2

, 22:49 - Lien permanent

Scène(s) rap Dirty South, milieu des années 2000 : Lil Wayne, de La Nouvelle-Orléans, et All Star, de Nashville, deux collaborateurs occasionnels, sont l'un et l'autre des artistes Cash Money. Le premier, cependant, est une star absolue, il est le plus grand rappeur du monde, comme il le proclame lui-même. Tout ce qui vient de lui, albums, collaborations ou mixtapes, est attendu avec impatience et avidité comme une manifestation du messie. Tandis que l'autre, qui traverse une période difficile de sa vie au niveau personnel, et qui n'est pas une priorité pour son label, se languit et voit sa carrière péricliter. Alors, puisqu'on ne l'autorise pas à sortir de projet officiel, celui que l'on appelle aussi le Cashville Prince, Jermaine Shute de son vrai nom, décide de gérer ses frustrations avec la série des Starlito's Way.

ALL STAR - Starlito's Way 2

Grind Hard :: 2008 :: acheter l'album (1) (2)

Le nom de celle-ci ne doit rien au hasard. Elle s'inspire en effet du film Carlito’s Way, de Brian de Palma (appelé L'Impasse, en France), qui met en scène un gangster (incarné par Al Pacino) qui cherche à se ranger. Cette collection connait une première manifestation en 2007, mais elle ne prend toute son ampleur qu'en 2008, avec un second volume présenté comme un double album de 31 morceaux. Ici le rappeur, qui s'était fait connaître auparavant par un style clinquant fait de punchlines et de freestyles, prend un tournant plus introspectif. Même si les jeux de langage sont toujours là ("Alphabet Soup"), All Star manifeste un goût nouveau pour des instrumentaux contemplatifs, lents et mélancoliques, construits souvent à partir de pianos tristes et pathétiques, par exemple le très poignant "Bless".

Le rôle central de Starlito's Way 2 dans la carrière de Shute est représenté par sa structure en deux parties. Le premier album, December 15th a Star Was Born, se penche sur son passé. Il retrace son parcours, à partir du contexte familial décrit sur les titres introductif et conclusif, "Life Story" et "Internal Affairs". C'est dans cette partie, sur "I'm On It", "Hatin' Ain't Healthy", "Gangsta-est Swag of the Year" et "Nawimtalkinbout", que l'on retrouve le plus les sons criards de la trap music. All Star y proclame encore être une star ("I'm a MF Star"). Il s'inscrit dans un contexte gangsta festif, fait de vie en club, de diverses substances ("Champagne and X") et de deals (le tube "She Works Hard For The Money" de Donna Summer, transformé en un "Grind Hard For The Money", avec Yo Gotti et Young Buck).

Mais avec le second volet de Starlito's Way 2, Internal Affairs, le ton change. On s'attarde alors sur la période de déprime traversée par le rappeur. Son sujet est lui-même, avec qui il dialogue sur "Mirror Man". Ses thèmes sont l'abandon, la rancœur, le dépit et le renoncement, comme signalé avec des titres tels que "Fuck Em All", "That Shit Aint Real" et "Rap Music Ruined My Life". Il y parle de déceptions amoureuses, de la duplicité de ses proches ou de la tromperie des maisons de disque. Il y est question aussi, pour lui, de reprendre sa liberté et le contrôle de lui-même. On change en fait de dimension, on tourne une page.

Compte-tenu de son caractère officieux et de son rap en berne, Starlito's Way 2 restera une sortie discrète, repérée (et célébrée) seulement par les fans de rap les plus avertis. Mais il s'agit d'un projet pivot, le plus important sans doute de la carrière d'All Star. C'est avec lui que Jermaine Shute change de pseudonyme, et qu'il devient donc Starlito. C'est après qu'il décide de retourner à ses études, qu'il prend sa carrière en main et qu'il crée son propre studio. C'est alors qu'il s'associe avec DJ Burn One et qu'il sort avec lui une autre sortie jalon, Renaissance Gangster, en 2010. C'est par la suite qu'il s'acoquine avec Don Trip pour la série remarquée des Stepbrothers. C'est ainsi qu'il devient celui qu'il est aujourd'hui.

Scène(s) rap Dirty South, milieu des années 2010 : bien que son influence sur la nouvelle génération soit monstrueuse, Lil Wayne semble grillé, il est un has been. Mais Starlito, lui, même s'il est inconnu du grand public, est l'un des personnages les plus respectés du rap game. Il continue à sortir, avec une impressionnante régularité, de nombreux projets très solides. Et ce statut, il l'a construit à l'époque où il s'appelait encore All Star, avec ces actes fondateurs appelés Starlito's Way.

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