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SHY GLIZZY - Young Jefe 2

, 22:53 - Lien permanent

Sortie début 2014, Young Jefe n'a sans doute pas été la meilleure mixtape de Shy Glizzy. Fxck Rap, par exemple, ainsi que les trois volumes de la série des Law, ont été plus satisfaisants. Mais elle a été sa sortie la plus accessible et la plus exposée, grâce surtout au single "Awwsome". C'est elle, sans doute, qui a ouvert la voie à sa reconnaissance, et l'a aidé à rejoindre, un peu plus tard dans la même année, le 300 Entertainment des influents Lyor Cohen et Kevin Liles, avec d'autres gens très chauds comme Young Thug, Migos, Fetty Wap, Rich the King et Tate Kobang. Il était donc logique que le rappeur de Washington décide cette année d'en livrer une suite, et qu'il choisisse d'y mettre les formes, avec tant de soins que cette seconde édition de Young Jefe se révèle, en fait, bien supérieure à celle d'avant.

SHY GLIZZY - Young Jefe 2

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Young Jefe 2, d'abord, est l'affaire du seul Shy Glizzy. Elle ne compte aucun invité, si l'on excepte les producteurs (entre autres Zaytoven, Childish Major, Austin Millz et Doughboy Beatz) et, sur un interlude appelé "OG Call", les salutations téléphoniques de C-Murder, le vétéran de No Limit, depuis la prison où il purge une peine pour meurtre. Pour l'essentiel, le rappeur y est lui-même, sans calcul, sans gros titre qui tape conçu pour la radio. C'est, au contraire, une ambiance très atmosphérique qui est privilégiée ici, voire neurasthénique. Ses paroles ne donnent pourtant pas dans le blues de gangster aujourd'hui de mise. Elles ne sont que fanfaronnades, et que poses agressives comme sur "Huh". Elles rendent compte d'une pure vie de "G". Mais dès "Let It Rain", la musique, tout comme les fredonnements frêles de Shy Glizzy, s'inscrivent en faux contre cette insolence.

Il y a un fond de tristesse sur Young Jefe 2, une mélancolie lancinante, comme quand, derrière les vantardises et le matérialisme du rappeur, sur "Bankroll", est invoquée la figure récemment disparue de Bankroll Fresh. Sur "Think About It", sur un piano gambadeur typique de Zaytoven, Shy Glizzy admet même, le temps de deux vers : "je pensais que cette merde gangsta serait vraiment fun, négro, jusqu'à ce que je commence à jouer avec ces guns, négro". Sur ce titre conclusif, il joue de sa carte maîtresse, l'intensité. Mais il l'abat aussi bien avant, sur "New Crack", avec les violons de "Ride 4 U", qui traite des mirages de l'amour dans le contexte des quartiers, et avec les synthétiseurs de "Waiting on my Time".

Sur ce dernier morceau, Shy Glizzy dit attendre que son heure vienne. Le succès grand public, de fait, n'est peut-être pas encore là pour le rappeur. Comme Mozzy et Kodak Black, deux sensations rap récentes qu'il s'amuse à citer ici et là, il en est à la croisée des chemins. Mais sa production, son œuvre, pour être pédant, commencent à devenir plus que significative. Mine de rien, sur une scène washingtonienne devenue sur le tard une place forte du rap avec des gens comme Wale, puis Fat Trel, ce n'est pas ces derniers qui y construisent l'une des plus discographies les plus riches du rap contemporain. Non, comme le démontre cette dernière mixtape réussie, le Young Jefe de la capitale fédérale, c'est Shy Glizzy.

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