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THE GAME - The Documentary 2.5

, 19:14 - Lien permanent

L'année 2015 aura été marquée, pour une bonne part, par la célébration d'une ville de la banlieue de Los Angeles, Compton, et plus particulièrement de la scène rap qui y est née, il y a une trentaine d'années. Il y eut, en mars, l'unanimisme critique disproportionné autour du nouvel album de sa dernière star, Kendrick Lamar. Et puis, pendant l'été, il y eut le carton du film Straight Outta Compton, doublé de la sortie d'un album solo trop longtemps attendu, de la part de la figure tutélaire des lieux, Dr. Dre. En fin d'année, il était donc logique que The Game se joigne à son tour à la fête, et qu'il y aille de sa propre sortie. Lui aussi, après tout, est issu de Compton. Et il est la première personne à laquelle on pense, quand il s'agit de rendre hommage au passé du rap, et d'en idolâtrer les grands noms.

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The Game semble n'avoir jamais eu que deux objectifs : honorer le panthéon du rap, et s'assurer qu'il y prenne lui-même sa place. Il le montre encore, en nommant son dernier album d'après le premier, The Documentary, revendiquant ainsi le statut de classique que beaucoup lui accordent. Et une fois encore, il écrit une histoire du rap dont il serait lui-même l'un des héros. Il s'affiche avec les grands rappeurs de Compton ou d'ailleurs, ceux d'aujourd'hui (Future, Drake, Dej Loaf, Problem, Ty Dolla $ign, YG, et Black Hippy au complet), comme les légendes d'hier (Dr. Dre, Ice Cube, Snoop Dogg, Kanye West, DJ Quik, E-40, Scarface, Nas, Lil Wayne, Busta Rhymes, Diddy). Et il revient sur les épisodes marquants de la saga du rap (la mort de 2Pac sur "Last Time You Seen"), comme sur les péripéties de sa propre carrière (ses embrouilles avec 50 Cent sur le "New York Skit").

The Game, aussi, a voulu se livrer à cet exercice délicat auquel certaines de ses idoles, 2Pac et Biggie en premier lieu, se sont adonnées : il a conçu un double-album. Toutefois, en cette nouvelle époque où aucune des anciennes habitudes de sortie n'est plus respectée, il a pris le parti de proposer les disques en deux fois. Bien que présentés comme un ensemble, The Documentary 2 et The Documentary 2.5 sont sortis indépendamment l'un de l'autre dans le commerce, à une semaine de distance. On peut s'interroger sur la logique sous-tendant ce choix marketing, mais en vérité elle se montre plutôt satisfaisante, les deux œuvres étant finalement assez distinctes, et l'une, la seconde, s'avérant supérieure à l'autre.

The Documentary 2 est le blockbuster attendu de la part d'une célébrité comme The Game, avec ses atouts, comme avec ses limites. Malgré quelques tubes, il est d'une hétérogénéité qui nuit à l'ensemble. The Documentary 2.5, au contraire, en dépit d'un nombre tout aussi déraisonnable d'invités et de morceaux produits à chaque fois par des beatmakers différents, se révèle plus constant. Le rappeur, plus mordant, s'y concentre de façon plus marquée sur la tradition West Coast, avec un rap social où il est question de la vie des gangs (les Crips, les Bloods, tout ça). Et il y emploie principalement des sons typiques de l'endroit, comme quand il convoque DJ Quik pour un "Quik's Groove (The One)" caractéristique du style de l'autre grand producteur historique de Compton, ou qu'il demande à DJ Mustard de représenter la face contemporaine du son de L.A., sur "My Flag / Da Homies".

L'album contient moins de remplissages. Il est, en fait, le meilleur The Game depuis Doctor's Advocate. Sur The Documentary 2.5, même les titres mous à tendance R&B, comme "Magnus Carlsen" et "Crenshaw ", sont convaincants, grâce notamment à Anderson Paak, le chanteur issu du Hellfyre Club, déjà décisif sur le Compton de Dr. Dre. Mais les titres les plus rap demeurent les plus puissants. L'un des temps forts est par exemple "Gang Bang Anyway", fort d'une contribution canon des deux membres de Black Hippy qui n'étaient pas sur The Documentary 2, Jay Rock et Schoolboy Q. Sur "Last Time You Seen", c'est Scarface qui intervient, et qui participe à faire de ce titre autre chose qu'une énième divagation sur la mort de 2Pac. Même collaboration de choix avec "The Ghetto", où intervient un Nas en forme, et que will.i.am ne parvient pas à gâcher avec son refrain.

Produit par Cool & Dre, usant d'un sample splendide, et accompagné au chant par Lil Wayne, "From Adam" est quant à lui le morceau le plus intense des deux nouveaux Documentary. Tous les titres, certes, ne sont pas aussi bons que ceux cités, et les meilleurs sont concentrés au début de l'album (excepté "Like Father, Like Son 2", produit par The Alchemist, et digne successeur d'un temps fort du premier Documentary). Mais dans l'ensemble, The Game trouve toute sa place dans cet adult rap post-gangsta très produit qui rencontre de nos jours la faveur de médias ayant grandi avec le rap West Coast. A une époque où un hip-hop vieillissant s'emploie à consolider sa propre légende, nulle surprise si celui qui s'en tire le mieux est le rappeur qui s'est fait une spécialité de ce type de célébrations.

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