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STARLITO - Renaissance Gangster

, 23:20 - Lien permanent

Jermaine Shute, on le sait, a eu deux carrières. Tout d'abord, le rappeur plus connu sous le nom de Starlito a semblé évoluer en première division des scènes Dirty South. Il s'est fait connaître en 2005 avec "Grey Goose", un single où le All $tar Cashville Prince évoluait aux côtés de Young Jeezy et de Yo Gotti. Il fut un temps le protégé de Lil Wayne et il signa sur Cash Money. Il côtoya aussi Gucci Mane, et livra une mixtape commune, Starbucks, avec le rappeur phare de sa bonne ville de Nashville, Young Buck. Et puis, sa carrière ne décollant pas, il retourna vers l'underground, où il sortit des albums et mixtapes très souvent appréciés par la critique, mais pas assez grand public pour connaître le succès.

STARLITO - Renaissance Gangster

Autoproduit :: 2010 :: télécharger cette mixtape

Comme l'indique si bien son titre (un détournement de celui du film American Gangster, comme aiment tant le faire les mixtapes), Renaissance Gangster, en 2010, est sans doute sa sortie pivot, son projet de référence, celui qui est au centre de son changement de statut, de son passage d'espoir à secret bien gardé du rap. Ce qu'il y proposait, ce n'était pas encore tout à fait cette posture de gangster dépressif qu'on lui connait aujourd'hui, mais ça en prenait le chemin.

Les thèmes tournaient autour de la drogue et des filles, sans originalité, et Starlito s'adonnait aux vieilles routines du rap : chansons dédiées au cannabis ("Weed Smoker Music") et aux amis morts ou en prison ("Tired of Being Tired"), ego trip ("What I Was Thinking") et même un peu de style battle sur "Renaissance Gangster", un titre où il s'en prend aux haters. Mais le ton, déjà, était particulier.

Sa voix s'enrouait, son phrasé ralentissait. Le rappeur s'étirait sur les beats, plutôt que de les dompter, invitant l'auditeur à s'attarder sur les textes, plus ambigus que dans l'ordinaire sudiste. La musique suivait aussi cette évolution, se faisant plus lente, usant de voix évaporées, de guitares déprimées ou d'orgues coulantes. Très ramassé (11 titres seulement), dépourvu d'invités (hormis Pill, le rappeur d'Atlanta, sur "Coastin Streetmix"), produit exclusivement par DJ Burn One, Renaissance Gangster avait aussi les traits d'un vrai album : il était homogène et consistant, à l'exception du piano à la Wu-Tang Clan de "What Was I Thinkin", un titre à contre-courant de ce disque aux consonances toujours sudistes.

Il peinait pourtant à décoller, commençant dans les brumes de morceaux poisseux et profil bas, dont le meilleur était "Alright", qui jouait de la complémentarité (ou, au contraire, de la contradiction) entre son mot d'ordre positif, et sa musique lancinante. Mais plus tard, quelques morceaux s'élevaient de cette morne plaine, comme la belle complainte "Tired of Being Tired", sur les vicissitudes d'une vie criminelle, un titre qui pourrait bien résumer tout Starlito. Il y avait après le superbe "Happy to Be Here" qui confinait au cloud rap avec ses nappes de synthé, le remix du "Coastin'" de Pill (originellement sur la mixtape 4180: The Prescription), avec son beau sample d'Ennio Morricone, l'ode gangster mélancolique de "GH" (soit "Grind Hard"), et enfin, "March 13", annonce d'un prochain album, le seul titre ici qui pouvait ressembler à un hymne. C'était ici une fin parfaite, une fin qui marquait aussi un avènement, celui du Starlito de la décennie 2010, le meilleur, l'un des rappeurs majeurs de ces années là.

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