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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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FUTURE - Monster

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Si certains ont un doute sur le bien-fondé des mixtapes, s'ils questionnent encore l'utilité d'exposer à tout vent sur Internet ce qui s'est transformé, au fil du temps, en albums gratuits, qu'ils se penchent un instant sur la carrière de Future. Par deux fois, le meilleur porte-drapeau de ce post-trap porté sur l'auto-tune et la vulnérabilité, devenu la mutation ultime du rap dans les années 2010, a centré les regards vers lui par l'usage malin de ce format. Ce sont True Story et Streetz Calling, en 2011, qui ont préparé le terrain à Pluto (2012), un premier album historique. Et quand l'accueil du second opus, Honest (2014), s'est montré plutôt tiède, Future s'est régénéré par de nouveaux projets gratuits comme Beast Mode et 56 Nights, sortis l'année d'après, et qui ont préparé le terrain d'un nouvel album en bonne et due forme, DS2, qui recueille ces jours-ci les faveurs de la critique.

FUTURE - Monster

Freebandz Entertainment :: 2014 :: télécharger la mixtape

Ce regain a en fait débuté fin 2014, avec la première mixtape de la série. Agencée avec l'aide de l'excellent Metro Boomin' et de quelques autres valeurs sûres de la production rap d'Atlanta, comme Southside et TM-88, Monster est sans doute la plus remarquable. Le titre, la pochette, une sortie au moment d'Halloween : tout y annonçait que Future allait y déployer sa face la plus sinistre. Il revenait aux bases, proclamant sa radicalité par l'insistance d'un mantra ("all this shit radical") sur l'un des premiers titres ("Radical"), ou vantant sa spontanéité ("Fuck Up Some Commas"). Et à la fin, sur "Codeine Crazy", il déclarait enregistrer sa musique comme il le ferait avec une démo. Et c'est tout cela qui lui réussissait.

Le rappeur se livrait bien sûr à ce qui lui réussit le mieux : il se montrait vulnérable, notamment sur le déchirant "Throw Away", un titre en deux temps sur sa rupture douloureuse avec la chanteuse Ciara. Apparemment, cet épisode avait du mal à passer, le rappeur exposant crûment sa peine. On percevait de la douleur dans sa voix, on l'entendait déclarer la gorge nouée son amour persistent pour son ancienne compagne. Pour autant, Future ne donnait pas dans le sentimentalisme fleur bleue. Il ne montrait aucun remord pour ses incartades adultères. Dans un accès de sexisme patenté, il s'étonnait au contraire que Ciara puisse être heurtée par sa liaison avec une femme-objet, avec une rien-du-tout, à qui il déclarait, durement : "je ne veux pas de relation, je ne veux que ton visage".

De fait, pour l'essentiel, Future fait toujours du trap rap. Il en élargit la palette, mais tous les thèmes sont là : les fanfaronnades, sur cette intro qui réaffirme l'importance du rappeur pour la musique de son temps, et sur "After That", un titre où s'exprime aussi le seul invité de la mixtape, Lil Wayne ; l'ode aux amis, les vivants comme les morts ("My Savages", le sublime "Hardly") ; la misogynie, totale et assumée ("Monster") ; et la drogue, évidemment, présente dans les textes, comme avec le conclusif et vaporeux "Codeine Crazy", et de manière à peine plus masquée dans l'inspiration, dans sa manière de livrer des raps habités.

A peu de choses près, c'était un nouveau manifeste que nous proposait ici celui qui, avec cette sortie comme avec celles qui ont suivi, s'est remis sérieusement en course pour remporter le titre de rappeur le plus signifiant de la décennie 2010.

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