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YG - My Krazy Life

, 23:20 - Lien permanent

YG, soit Young Gangsta (oui, "jeune gangster", je sais…), est depuis ses débuts étroitement associé à DJ Mustard, lui-même artisan du style ratchet qui cartonne à Los Angeles depuis quelques années, un lointain descendant du très mélodique g-funk local, transformé en musique de club sous la double influence du hyphy venu du nord de la Californie, et des raps dansants issus du Dirty South. Ensemble, les deux hommes ont fondé le label Pu$haz Ink, puis YG s'est distingué par quelques mixtapes, souvent produites par l'autre, à commencer par The Real 4Fingaz, en 2009. Tout cela lui valut de rejoindre assez tôt Def Jam, puis d'être pris sous l'aile de Young Jeezy, qui l'a fait rejoindre son écurie CTE World.

YG - My Krazy Life

Pu$haz Ink / CTE World / Def Jam :: 2014 :: acheter le disque

De bonnes fées se sont donc penchées très tôt sur le berceau d'YG. Cependant, perturbé par des problèmes de nature pénale (la routine…), il mit un certain temps avant de sortir son premier album. C'est seulement maintenant, en début d'année, et après plusieurs annonces et changements de titre, que My Krazy Life a enfin vu le jour. Précédé d'une rumeur favorable, produit pour l'essentiel par DJ Mustard, accompagné par plusieurs des rappeurs du moment (Jay Rock, Kendrick Lamar et Schoolboy Q, soient les trois quarts de Black Hippy, ainsi que Drake et Rich Homie Quan), en plus de quelques crooners rap locaux (TeeFlii, Ty Dolla Sign), et bénéficiant enfin de la machine promotionnelle bien rodée de Def Jam, il a été très bien reçu, au point d'avoir été la première sensation rap de poids, en 2014.

Et il est vrai qu'il y a de bonnes choses sur My Krazy Life, à commencer par les singles : "My Nigga", avec Jeezy et Rich Homie Quan, une ode à l'amitié, un titre tellement bon que la version deluxe en propose une autre mouture, avec Lil Wayne, Meek Mill et Nicki Minaj ; et un "Left, Right" dansant et entrainant comme tout, avec son petit violon. Ces titres surnagent, ils survolent l'album. Quant au troisième single, un "Who Do You Love?" renforcé par Drake, il fait le job, même s'il est deux classes au-dessous. D'autres titres enfin, s'ils sont moins tubesques, convainquent aussi, par exemple le manifeste hédoniste "I Just Wanna Party".

Des bons singles, les albums mainstream ont l'habitude d'en avoir. Mais ils ont aussi, bien souvent, des particularités plus problématiques. La première, ce sont les virées R&B, la plaie universelle des disques de rap grand public, un cancer dont My Krazy Life n'est malheureusement pas dépourvu. Il y a plusieurs moments comme ça, notamment des "Do It to You" et "Me & My Bitch", consacrés comme il se doit aux filles, à leurs infidélités, ou bien à celles d'YG lui-même.

Plus généralement, en passant au format commercial, et comme tant d'autres avant lui, YG s'affadit. Cela se manifeste aussi par un côté révérant, respectueux de son passé, en particulier celui très riche de Compton, place forte historique du gangsta rap, dont le rappeur est originaire. Son disque, d'ailleurs, devait à l'origine s'appeler I'm From Bompton, comme pour mieux souligner ses racines.

Cette filiation, YG la souligne aussi par le côté narration du ghetto de My Krazy Life. Sans donner pour autant dans le registre "conscient", il apporte à son gangsta rap une épaisseur sociale à l'ancienne, celle précisément qui plait tant à la critique généraliste. Il lui donne un aspect reportage, avec ses dialogues et l'histoire qu'il nous conte, celle, éternelle et crédible, du mauvais garçon jouisseur et insouciant qui se perd dans les embrouilles et la petite délinquance ("Meet the Flockers", "1AM."), avant de demander pardon à sa maman sur un titre tout baveux, "Sorry Momma", énième déclinaison du "Dear Mama" de 2Pac.

En fait, My Krazy Life n'est qu'à moitié qu'il aurait dû être : le disque référence du style ratchet. Si celui-ci est bien présent en arrière-fond, il ne domine pas l'album. Certains, ceux qui ont aimé le Good Kid, M.A.A.D City de Kendrick Lamar, ceux qui apprécient ce type d'œuvres bien produites, léchées, intelligentes, construites comme un concept album, et fermement ancrées tant dans le réalisme social, que dans une certaine tradition rap, auront apprécié cet YG. Mais d'autres pourront regretter qu'il ne capture pas autant que voulu le génie propre à son temps.

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