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KING LOUIE - Tony

, 17:00 - Lien permanent

Chief Keef étant plus difficile à suivre, depuis son renvoi d'Interscope, et malgré des sorties récentes plus que notables, il est revenu au pionnier de la drill music, King Louie, d'incarner en 2014 la facette la plus sale et la plus street du rap de Chicago. Il l'a fait au début de l'été avec Tony, un projet reconnu par beaucoup comme son plus solide à ce jour. En tout cas l'un de ses plus consistants et monochromes, tant il privilégie une couleur : la noire, à l'instar de la pochette.

KING LOUIE - Tony

Lawless Inc. :: 2014 :: télécharger la mixtape

On a souvent considéré la drill comme une version chicagoane de la trap music en vigueur plus au Sud. Tony, cependant, apporte des nuances à cette comparaison, il met en valeur des traits propres. Il y a bien quelques titres trépidants et clinquants, riches en synthés pétaradants, comme le très réussi "Sheesh", "Till I Met Selena" et le traumatisant "G.O.D.". Ou bien, autre exercice prisé à Atlanta, King Louie fait du rappé-chanté sous auto-tune avec "Michael Jackson Money", comme il l'avait déjà fait massivement l'année passée, sur la mixtape Jeep Music. Mais les passages les plus remarquables de Tony ne se limitent pas à ceux-là.

Ce sont avant tout ses titres les plus lents, les plus poisseux, les plus désespérés. Il y a par exemple, d'entrée, ce remarquable "B.O.N.", et plus tard ce "Difference", souligné par des nappes lourdes et un refrain chanté de Slitta, ce "God & King" dépouillé, où il est accompagné par Chi Hoover, ou encore "Would You Believe It". Plus oppressant encore, avec ses basses saturées, est le cynique "Day". Même si l'humour n'est pas absent de cette mixtape (cf. "Fuck Nigga", "Why They Hating on Me"), tout cela concourt à lui donner un ton plus pessimiste et résigné, plus nordique en somme, que le gangsta rap souvent plus exalté des cousins du Sud.

S'il fallait un titre pour résumer cela, alors ce serait "Live & Die in Chicago", le centre de cet album, et l'un de meilleurs titres rap sortis cette année. Il ne lui faut pas grand-chose pourtant, à ce morceau. Quelques touches de piano, une poignée d'exclamations et d'onomatopées, et une diction qui, tout au long, sur les couplets comme pendant les refrains, demeure strictement la même, pour que King Louie nous parle de sa ville, pour qu'il nous parle de son rapport d'amour-haine avec une métropole qu'il désigne comme la capitale américaine du meurtre, pour qu'il s'identifie à elle. "Je suis le cœur de Chicago", déclare-il vers la fin. Et en effet, en 2014, avec Tony, Louie le Grand s'affirme bel et bien comme le roi de Chiraq.

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