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COMPILATION - The Mobb Tape

, 23:39 - Lien permanent

L'un des rappeurs marquants de l'année 2013, grâce à la sortie le même jour des mixtapes Rich B4 Rap et Heroin Music, ZMoney ne s'arrête pas en si bon chemin. Le Chicagoan a beau être pris par ses activités entrepreneuriales (avant même de rapper, notre homme investissait dans l'immobilier, et il vient d'ouvrir un restaurant intitulé Emma, en hommage à sa grand-mère et à sa cuisine), il n'en oublie pas de délivrer sur le plan musical. Pour 2014, en effet, il nous a promis rien de moins que 3 nouvelles tapes, et il a proposé dès janvier une compilation de morceaux de son propre collectif, la 4Ever Paid Nation.

COMPILATION - The Mobb Tape

4everpaid Entertainment :: 2013 :: télécharger cette mixtape

Celle dernière, la Mobb Tape, révèle des titres de tout un tas de gens, Lil Boss Polo, Brickfare, Country Cool, Bank Roll, Yung Boss et Ko the King, entre autres. Mais une personne surnage : ZMoney lui-même. D'abord, parce qu'il fournit le gros du travail, signant 8 titres sur 20, et secondant Country Cool sur le chouette "Umma Dog". Ensuite, parce que ses interventions sont en général les meilleures, parce qu'il domine les débats par son charisme de grand farfelu dégingandé, parce qu'il écrase la concurrence avec des réussites comme "Mexico" et le très mélodique "Rollin'" et que ses amis, rappeurs de rue plus attendus, ne sont pas tout à fait à la hauteur de son rap ironique et imparable.

D'après le rappeur lui-même, son modèle est Gucci Mane. Rien de surprenant, l'influence de ce dernier étant sans fin chez les rappeurs des années 2010. Mais quand ses collègues de la scène drill retiennent du trap rap d'Atlanta son côté belliqueux et explosif, ZMoney lui, qui est issu d'un autre quartier de Chicago (Westside, pas Southside), pousse à son paroxysme ce qui a été l'innovation majeure de Radric Davis : ce rap aux allures de comptines gangsta, chantonné l'air de rien à la manière de ritournelles, mais politiquement très incorrect.

ZMoney, c'est du Henri Dès en version trash. Ce sont des rengaines soutenues par de petites mélodies aussi minimalistes qu'entêtantes, accompagnée de paroles simplettes, déclamées de manière outrancièrement répétitive. Autrefois, ta nounou te prenait dans les bras en te chantant "une souris verte" de manière mécanique, la tête ailleurs, pensant en fait à sa future partie de jambes en l'air. Et maintenant que tu as grandi, c'est un grand black déglingué qui te berce, entonnant à la place "bitch is on my dick" ou "selling dope".

Autrefois, Eazy-E et quelques autres avaient eu l'idée géniale de rapper les paroles les plus absurdement offensives, à la manière d'un ado décérébré en rut, créant de multiples émules. Aujourd'hui, ZMoney et compagnie parachèvent le travail, étendant cette posture régressive à la musique elle-même. Et ces épousailles entre des mélodies presque innocentes et des paroles qui ne le sont pas, axées qu'elles sont sur les seuls thèmes du sexe, de la drogue et de l'argent, c'est tout ce qui fait la saveur de cette Mobb Tape, son caractère jubilatoire, parfois sans ZMoney, et bien plus encore quand c'est lui qui rappe.

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