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NEILA - Only This One Counts

, 23:28 - Lien permanent

"S'il vous plait, soutenez mon album, aidez moi à payer mes factures d'hôpital et mon loyer". Ainsi Neila, en 2011, présentait-elle son dernier disque, Only This One Counts. Avec ce cri de détresse, la rappeuse originaire d'Hawaï, une proche de Deeskee, Acid Reign, Omid, Joe Dub , bref, du West Coast Underground, exhortait ses fans à l'aider dans ces épreuves. Désormais sans emploi ni domicile, elle souffrait d'un cancer des cordes vocales, et annonçait que cet album, sorti uniquement en vinyle et illustré par ses soins, serait le dernier avec sa vraie voix.

NEILA - Only This One Counts

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Cette voix, toutefois, était déjà très altérée. Elle avait pris 20 ans d'âge, comparée aux sorties précédentes, plusieurs CDs confidentiels, remplis d'un rap adulte de qualité, fait de considérations intimes et de commentaires sociaux, parfois produits par les gens cités plus haut. Le timbre éraillée, brisé, la rappeuse faisait peine à entendre sur ce nouvel album. Qui plus est, elle y cultivait des idées noires, entamant un sépulcral "White Zombie", par exemple, par un lugubre "ceci est mon épilogue, je marche vers la mort dans les pas lourds d'un zombi blanc" (traduction approximative). A bien écouter les paroles, les malheurs que Neila partageait étaient en fait principalement sentimentaux, mais la peine n'en était pas moins réelle. Et, confirmant la règle désespérante qui veut que l'art, divinité cruelle, se nourrisse d'angoisses et de douleur, elle n'avait jamais été aussi poignante.

La rappeuse avait déjà été capable de titres sensibles et émouvants, par exemple le délicat et jazzy "The Dream", présent sur Vertical Trees with Eternal Leaves, comme sur le Blacklight Sessions du producteur Deeskee, tous deux sortis en 2003. Seulement, sur Only This One Counts, tous ou presque étaient de ce niveau. Les raps graves et rauques de Neila étaient par ailleurs soulignés par une musique dans les mêmes tons, faite de beats pesants, de nappes atmosphériques et noires ("Back Then"), de piano dépouillé et d'orgue mortuaire (le beau "Final Note"), de clavecin et de chœurs fantomatiques ("Brain Gap") qu'elle empruntait au Requiem de Mozart, rien de moins... Produits par un certain Rezult, ces sons étaient renforcés par ailleurs par les scratches sinistres des DJs Skid et Handprints.

La suite, heureusement, fut moins dramatique pour Neila. Quelques mois après cet appel au secours, son cancer était en rémission. Et dès 2012, elle put reprendre le micro et sortir encore un album, Marked for Breath. Celui-ci, cependant, s'avérait moins mémorable que son prédécesseur. Only This One Counts, donc ? Seulement celui-là comptait ? Non, sans doute pas, la rappeuse avait sorti d'autres disques valables dans sa carrière ; mais ils avaient rarement été aussi intenses.

Vos 5 albums / mixtapes 2011

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