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HERMITOFTHEWOODS - Land of the Lotus Eaters

, 15:08 - Lien permanent

Halifax existe toujours. Et Halifax, comme à son habitude, depuis maintenant 15 ou 20 ans et la petite hype qui s'était emparée un temps de la capitale de la Nouvelle-Ecosse, aime délivrer un rap cérébral et mutant, prompt à se frotter aux ambiances et aux sons venus d'autres genres musicaux. C'est en tout cas ce que rappelle ce nouvel album de l'artiste local Hermitofthewoods, le premier qu'il sort sur Endemik Music, le label de Scott Da Ros, qui se charge par ailleurs de la production.

HERMITOFTHEWOODS - Land of the Lotus Eaters

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Avant de collaborer avec Scott Da Ros, l'ermite des bois en question s'est d'abord distingué comme artiste spoken word, participant à plusieurs concours de slam, et sortant deux albums autoproduits, The Woods Are Burning (2007), et un plus remarqué Love's Dark Season (2009), vanté en des termes élogieux par de vieilles connaissances, Jesse Dangerously et Timbuktu, sur son site Bandcamp. Ce nouvel album, cependant, voit le rap parlé de Hermitofthewoods accompagné par les sons du patron de son nouveau label, par un hip-hop d'après le hip-hop qui se mélange sans cesse à des sons rock, folk, électronique, et qui accueille avec bienveillance de "vrais" instruments, ainsi que les voix des chanteurs Tim Crabtree et Breagh Potter.

Des cordes et synthés de "Shibboleth" aux percussions trépidantes de "Break the Chains", en passant par le piano sobre de "Alive Under the Sun", les sons sont riches, variés, mais l'ambiance générale demeure toujours la même, elle est lugubre et morne, elle ne fait qu'appuyer les paroles, comme il se doit avec du spoken word. Car notre homme, manifestement, a beaucoup à dire. Land of the Lotus Eaters, en effet, est un album verbeux et engagé. Il cherche à réveiller ses contemporains, perdus dans une vie sans objet, distraits de leurs luttes par des médias inconséquents, et qu'il compare aux Lotophages, peuplade de la mythologie grecque, qu'une consommation exclusive de lotus a rendu étrangère au monde.

On connait le refrain. L'homme est aliéné par les politiques, la religion, la télé, les riches, l'industrie et la technologie, bref, par le système, et il serait bien qu'il brise ses chaînes. Hermitofthewoods a beau se présenter comme poète et dégainer des phrases sophistiquées ("Wendigo psychosis made us gigapixel littigants, victims of the dry snitch", sur "Shibboleth"), le tout ne brille ni par l'originalité ni par la subtilité, la palme revenant au rousseauiste "10,000 BC", où le rappeur (ou déclamateur) nous invite à nous souvenir des temps préhistoriques, et des nécessités qui nous ont poussés à créer cette civilisation qui nous enferme.

"This ain't a feel good album made to dance and grind", declare EMC, ancien complice de Hermitofthewoods au sein du groupe The IMF (alias les Intelligent Motherfuckers), présent sur 'State of the Union". Et il a bien raison, ce n'est pas un album fait pour danser et réchauffer les cœurs. Les paroles n'y contribuent pas, et la musique non plus, sombre, poisseuse, oscillant entre un climat dépressif et des passages plus rageurs, comme "Last Call" avec ses guitares et cuivres énervés.

Si l'objectif de Land of the Lotus Eaters était de n'évoquer que léthargie, peines et désolation, il l'atteint. S'il était de saisir l'auditeur à la gorge, cependant, on n'y est pas toujours, à l'exception de quelques moments vraiment habités, le plus notable étant "Give Us Time", un très beau titre aux airs d'Americana dépressive des années 90, à la Palace Brothers, où les pensées vengeresses d'Hermitofthewoods sont répétées, comme en écho, par la voix de la chanteuse Breagh Potter.

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