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COMPANY FLOW - Little Johnny from the Hospitul

, 22:28 - Lien permanent

Une chose était sûre : le successeur d'un Funcrusher Plus déjà mythique n'allait pas remettre pas en cause le statut d'icône underground de Company Flow. Mais il pouvait l'ébranler. Alors que le trio n'avait plus qu'à continuer sur sa lancée pour imposer son rap sans concession à un public indé en plein développement, il avait choisi en effet de nous revenir avec un album encore plus sombre, barré et difficile d'accès que le précédent, et qui plus est totalement instrumental. Plus que jamais "Independent as fuck", Co-Flow ne prenait décidément pas la voix de la facilité.

COMPANY FLOW - Little Johnny from the Hospitul

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En renonçant à la parole, Company Flow n'avait-il donc pas fait de nécessité vertu, trouvant un expédient pour parer au départ récent de son meilleur rappeur, Bigg Jus ? El-P, le producteur, et Mr Len, le DJ, ne cherchaient-ils pas, par cette option 100% instrumentale, à masquer un manque d'inspiration ? Et tout ce concept autour de Little Johnny, personnage imaginaire censé représenter l'état de délabrement supposé des Etats-Unis, n'était-il donc pas un cache-misère ?

Ces interrogations lancées par certains, refroidis par le format extrême de cet album (qu'El-P et Mr. Len n'avaient sorti en format CD qu'en Europe, sans doute certains qu'il y serait mieux reçu qu'aux très conservateurs Etats-Unis), étaient pourtant infondées. Au bout du compte, Co-Flow poursuivait avec les ambiances sombres et inquiétantes qui le caractérisaient. Il continuait aussi à raconter des histoires, par bribes et samples interposés, comme avec ce "Suzy Pulled a Pistol on Henry", une relecture du "Millie Pulled a Pistol on Santa" de De La Soul, qui nous comptait la vengeance d'une jeune victime sur un pédophile. Il y avait même une reprise de leur "The Fire In Which You Burn" sur "Indelible Hybrid".

Pour autant, leur son avait vraiment évolué. Little Johnny était plus obtus que jamais, malgré les quasi-tubes qu'étaient "Friends Vs. Friends", "Bee Aware", "Worker Ant Uprise", "Happy Happy Joy Kill" et ce génial "Gigapet Epiphany" au son de Transformer. Et il ne ressemblait pas un instant aux formes usuelles du hip-hop instrumental, en 1999 : les compositions grand écran à la DJ Shadow, les délires virtuoses des turntablists ou la langueur mélancolique du trip-hop.

La facilité du duo à mettre en scène ses nombreuses trouvailles sonores rappellait les expériences des adeptes d'electronica les plus dérangés. Mais ça restait du rap, et les sons rugueux de guitares rappelaient par moment le rock, dans sa version indus. Tout cela, en fait, annonçait ce rap progressif qui distinguerait le style d'El-P sous Def Jux (le nom du label apparaissait déjà sur la pochette, malgré la sortie chez Rawkus) dans les années 2000, et confirmait pour de bon que Company Flow était bien, en 1999, le groupe ouvert et décomplexé qu'il manquait alors au rap.

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