RAS KASS - Soul on Ice
Par codotusylv le jeudi 2 février 2012, 23:22 - Hip-Hop - Lien permanent
Ras Kass venait de Californie. A ceux qui l’ignoraient, il le proclamait fièrement sur un titre de ce premier album sorti au plus fort de la confrontation entre les Côtes Est et Ouest, ce "Sonset" où il rappelait que, si New-York avait bel et bien été le berceau du hip-hop, cela ne lui donnait aucun droit sur les autres, que la capitale du rap devrait prouver constamment qu'elle avait encore des MCs d’exception à offrir au monde.

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MC d’exception, Ras Kass l’était, lui, sans le moindre doute. Le Californien n’a pas connu de carrière à la hauteur de son talent, mais pour tout connaisseur, il est l’un des plus grands rappeurs de l’histoire du hip-hop, un immense "lyriciste", un manipulateur de mots redoutable, un vrai bretteur, au phrasé, à l’inventivité et à l’aisance au-delà de l’ordinaire. Ce disque culte qu’est demeuré Soul on Ice le prouve à chaque nouvelle écoute.
Les New-Yorkais, Ras Kass les défiait sur leur propre terrain, celui d’un rap paranoïaque et ténébreux, imbibé de références culturelles (l’album s’inspirait de l’essai Soul on Fire du Black Panther Eldridge Cleaver), jouant des théories de la conspiration ("Ordo Abchao") et de thèmes bibliques ("On Earth as it Is..."), méditant sur l’état du hip-hop ("Reelishymn") ou donnant dans un rap "conscient" autobiographique ("The Evil That Men Do").
Les beats aussi, macabres et minimalistes, évoquaient davantage la froideur de la Côte Est que le g-funk local, malgré un relax "Marinatin’", la présence de Coolio sur un "Drama" misogyne, bien dans la tradition californienne, et un "Miami Life" qui exaltait l’idéal d’une vie gangsta passée sous le soleil de Floride. A l’exception de ces plages, tout était noir et sobre, tant et si bien qu’on a souvent qualifié de ternes les beats de Soul on Ice. Pourtant, quand Ras Kass s’essaiera un peu plus tard à des sons plus pop, cela ne fonctionnera plus vraiment. Car avec un MC aussi volubile, il n’était pas besoin de trop en faire.
La musique ne pouvait que s’effacer devant un tel flow. C’était même à cette condition que Ras Kass devenait passionnant, comme le prouvait "Nature of the Threat", l’un des titres les plus sidérants qu’ait livré le rap, un morceau invraisemblablement bon où le rappeur réécrivait toute l’histoire de l’humanité pour la résumer aux méfaits incessants et millénaires des Blancs, le long de huit minutes d’un rap accompagné seulement de beats quasi invisibles et d’une cloche improbable et aléatoire, huit minutes de délire verbal sans pause, sans refrain, et pourtant absolument hypnotiques, fabuleuses et prenantes.
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