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PAUL EDWARDS - How to Rap

, 23:03 - Lien permanent

Comme le Book of Rhymes d'Adam Bradley, paru la même année, How to Rap fait partie de ces livres récents rédigés par des universitaires qui ont grandi avec le hip-hop, qui en maîtrisent les codes et les ressorts, et qui jettent sur lui un regard à la fois connaisseur et apaisé, préférant s'intéresser à ses formes et à son esthétique, plutôt que s'engager dans des polémiques inutiles sur son contenu. L'objectif ici, n'est pas de juger le rap selon son impact social, mais de le disséquer, de l'étudier de l'intérieur, d'expliquer en détail comment il marche.

PAUL EDWARDS - How to Rap

Chicago Review Press :: 2009 :: howtorapbook.com :: acheter ce livre

Le projet de Paul Edwards est similaire à celui d'Adam Bradley, mais la démarche est différente, tout autant que complémentaire. D'abord, alors que le dernier se focalisait sur la dimension poétique du rap, qu'il cherchait à l'analyser avec les outils de la critique littéraire, l'autre s'ouvre à un horizon plus large : il ne s'intéresse pas qu'aux rimes, aux rythmes, aux assonances et aux styles narratifs, mais aussi aux thèmes, aux techniques d'écriture et de mémorisation, à l'enregistrement et à l'expérience live, au contrôle du débit et du souffle.

Paul Edwards va plus loin. Il explique comment rappeurs et producteurs travaillent ensemble, comment les MCs jouent avec le son, ou comment ils se jouent de lui. Et il se montre parfois passionnant, par exemple quand il parle des techniques de diction hors-beat, citant les techniques de trois grands rappeurs : un Eminem, qui termine ses vers avant le beat, pour donner à son rap une impression de nervosité et de précipitation ; un Snoop Dogg qui, au contraire, rappe en retard, après le beat, pour paraître nonchalant et paresseux ; et un Saafir qui clôt ses rimes avant ou après le beat, alternativement, dotant son rap d'un sens du swing venu du jazz.

L'autre richesse de cet How to Rap, c'est qu'il s'appuie sur un grand nombre d'entretiens avec des acteurs du hip-hop. Alors qu'Adam Bradley se contentait de citer Jay-Z ou Lil Wayne, Paul Edwards interviewe des dizaines de MCs, qui représentent toutes les facettes du rap américain : des vétérans comme Chuck D, Kool G Rap, Big Daddy Kane, Q-Tip et Masta Ace, ou des figures plus récentes comme Pusha-T et Tech N9ne ; des New-Yorkais comme AZ, Fredro Starr et Havoc, des Californiens comme E-40, B-Real et The Pharcyde, ou des Sudistes comme David Banner et Devin the Dude ; des stars comme Nelly et Will.i.am de Black Eyed Peas, ou des références de la scène underground, comme Pigeon John et 2Mex. Et il n'oublie pas quelques virtuoses que Bradley n'avait jamais cités, comme Myka 9 de Freestyle Fellowship et Pharoahe Monch d'Organized Konfusion.

Le livre est constitué, pour l'essentiel, des verbatims de tous ces gens, qui évoquent leurs propres techniques de rap. L'auteur met en exergue leurs similitudes, mais aussi leurs différences: raps écrits contre raps improvisés ; raps on-beat contre raps off-beat ; rap à message contre rap jeux de mots ; raps construits en fonction du beat ou musique composée après les paroles ; ouverture ou hostilité aux chants ; utilisation ou non de dictionnaires de rimes. Destiné autant qu'aux apprentis rappeurs qu'à ceux qui ignorent encore que le hip-hop est une science complexe, How to Rap démontre qu'il n'y a pas qu'une façon de rapper, mais plusieurs, et qu'il s'agit d'une discipline plastique et vivante.

Il n'y a finalement qu'une chose à regretter avec ce livre : sa structure, très détaillée et analytique. Paul Edwards, en effet, a pris le parti de décrire méthodiquement toutes les techniques connues du rap. C'est complet, c'est exhaustif, mais cela donne à son livre des airs de catalogue, pas toujours très facile à parcourir. Lire How to Rap d'un bout à l'autre est un exercice fastidieux, il vaut mieux plutôt piocher des passages au hasard, ici ou là, dans le désordre.

Il est d'autant plus pénible à lire que les entretiens sont séquencés, de courts passages étant à chaque fois isolés et classés en fonction de leurs thèmes. On perd ainsi de vue les spécificités de chaque artiste. En complément, il aurait peut-être mieux valu retranscrire l'ensemble des interviews, sans les découper, sans les placer dans des cases, pour mieux comprendre, d'un seul regard, comment chaque rappeur qu'Edwards a approché appréhende son art, quel est son univers.

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