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TYLER, THE CREATOR - Goblin

, 23:16 - Lien permanent

Plus forte est la hype, plus les opinions sont tranchées. Odd Future l'a confirmé, quand le collectif de Los Angeles est devenu la sensation hip-hop du début des années 2010 et qu'il a porté en lui, pour certains, les espoirs d'une renaissance. Cet engouement a obligé chacun à choisir son camp : pour ou contre. Et c'est bien dommage, car ce que mérite Goblin, de Tyler, the Creator, est un avis nuancé.

TYLER, THE CREATOR - Goblin

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Tout d'abord, expédions rapidement ce débat continu mais inutile sur les propos, sur cette surenchère verbale qui caractérise ce groupe, sur ces giclées de bile inouïes où il est question de meurtres, de viols, de prostitution, de nécrophilie, d'homophobie, et pire encore. Nul besoin de ressortir toutes ces objections pudibondes aussi vieilles que les anciennes polémiques sur le gangsta rap, étrangères à toute considération esthétique, et auxquelles Tyler a répondu de la meilleure des manières, en précisant d'entrée qu'il ne saurait être un role model.

Cette barbarie extrême, c'est d’ailleurs, précisément, l'intérêt majeur d'Odd Future. Avec ces hommes d'à peine vingt ans, le rap est redevenu une musique viscérale et adolescente, il dépasse ses habitudes et ses routines. Tyler et ses acolytes ont redonné au genre ses couleurs sulfureuses d'autrefois, ils les ont rendues plus éclatantes, plus vives. Ou plus sombres, bien au contraire. Leurs outrances, toutefois, ne sont plus celles, mêlées de réalisme social, de l'antique gangsta rap. Comme s'il avait retenu quelque chose du rap indé introspectif de la décennie précédente, Tyler ne parle pas du ghetto, mais uniquement de son aliénation mentale, de ses démons intérieurs, des voix qui hantent son esprit.

Ce faisant, malgré des moments insoutenables (ou délectables, selon le point de vue), il dresse un autoportrait bien plus complexe qu'il n'y parait. Il se montre ainsi tout aussi love sur "Her" qu'il est misogyne sur "She", il se méfie de la drogue sur "Nightmare", il lutte avec sa conscience sur l'excellent "Yonkers". Plus noir encore que Bastard, son prédécesseur, Goblin se distingue également par des coups de force musicaux, comme "Yonkers", "Radicals", le haineux "Sandwitches" et l'explicite "Bitch Suck Dick", tous des titres effroyables et abrasifs, dans les mêmes tons que la voix rugueuse de Tyler, et pourtant très accrocheurs.

La nuance dont il était question plus haut ne tient finalement qu'à l'inconstance de Goblin. Des "Nightmare" et "Tron Cat" dont le beat minimal et le monologue intérieur confinent à l'ennui, un "She" R&Bisant, ou encore la nappe lassante de "Window", viennent en effet fâcheusement gâter le premier album officiel de ce collectif qui, de toute façon, avant même cette sortie, et indépendamment de sa qualité, avait déjà gagné sa place dans l'histoire imprévisible et agitée du rap.

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Commentaires

1. Le samedi 12 novembre 2011, 21:23 par Lebowski

"Plus forte est la hype, plus elle génère des opinons tranchées."

Exactement.

J'ai écouté l'album avant de constater cette fameuse "hype". Pas été séduit du tout, de bonnes choses évidentes, mais alors pour le coup les comparaisons types le Wu-Tang des années 2010 etc, je suis tombé sur le cul. De bons publicitaires c'est certains, mais le produit reste à polir.

2. Le samedi 12 novembre 2011, 23:01 par codotusylv

@Lebowski : Un collectif à rallonge et une multitude de projets solo, un côté underground dangereux, agressif, expérimental et sombre, un producteur / rappeur malin en guise de chef d'orchestre (Tyler), etc. La comparaison avec le Wu-Tang s'impose facilement quand même.

Après, ils ne sont pas les seuls à répondre à ces caractéristiques, et on est loin du niveau du Wu-Tang, c'est clair.

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