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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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THA BLUE HERB - Stilling, Still Dreaming

, 22:44 - Lien permanent

Le Japon, c'est loin, c'est exotique, et ce n'est pas nécessairement la première contrée qui vient à l'idée quand on pense au hip-hop. Ce pays, pourtant, en a produit, et de première qualité. A côté d'une scène qui, comme partout ailleurs, a décliné dans la langue locale les formules inventées aux Etats-Unis, il a révélé des rappeurs incontestablement différents, personnels, profondément nippons.

THA BLUE HERB - Stilling, Still Dreaming

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Beaucoup penseront spontanément à DJ Krush qui, en pleine époque abstract hip-hop, est apparu comme l'homologue oriental de DJ Shadow. Moins de gens, cependant, connaitront le rappeur Ill-Bostino et le producteur O.N.O., bien que Krush les aient portés à l'attention du monde occidental en les conviant sur les albums Code 4109 et Zen. Originaire de l'île nordique d'Hokkaido, soit le bout du monde, ce duo (plus tard renforcé par DJ Dye) n'en a pas moins livré de véritables bijoux, à commencer par ce premier album sorti en 1998, Stilling, Still Dreaming, premier volet d'une carrière longue, riche et globalement irréprochable.

La difficulté, avec le japonais, c'est qu'il ne colle pas forcément au phrasé saccadé caractéristique du rap. Qu'importe, Boss partait dans de longues déclamations hors rythme. La plupart d’entre nous ne comprenait bien sûr absolument rien. Mais il y avait une urgence dans le flow, une franchise dans la voix, qui prenaient tout de suite à la gorge. Et puis, pour l'accompagner, il y avait ces beats admirables produits par O.N.O., ces sons qui forçaient sur les ambiances, dans un registre cousin de celui de Krush, mais plus sobres, plus directs. De bonnes boucles, quoi, parsemées d'infimes et décisives variations, cette vieille recette, mais aux couleurs inhabituelles, indubitablement japonaises, loin des habitudes new-yorkaises.

Résultat : des "Bossizm" et "Raging Bull" haletants avec leurs cordes enlevées ; un "Coast 2 Coast 2" percutant ; un "Continuation Decaying Touching" poignant tout en guitare ; un "Just that Night" conquérant ; un "Wheel of Pen and Intelligence" limite dissonant ; un noir et pesant " Shock-Shine No" ; un " Ame Ni Mo Makez" au violon enflammé ; un "North Wind" splendide, avec son piano inquiétant.

Fort de ces perles, agencées qui plus est en crescendo, Stilling, Still Dreaming démentait tous les préjugés sur le hip-hop : que seuls les Afro-Américains en maîtrisent l'art, qu'il nécessite d'être intelligible pour être aimé, que le slam et le rap off-beat sont des exercices pénibles. Bien plus que de la manifestation d'une scène rap singulière, il s'agissait là d'un disque de classe mondiale, d'un classique du même niveau, oui, que les plus grands albums de hip-hop américain.

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