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MASTA ACE INCORPORATED - Slaughtahouse

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Masta Ace, c'est l'une des valeurs sûres du rap, l'un de ses rares praticiens qui, sans avoir occupé le premier plan, est resté alerte, pertinent et solide de la fin des années 80 au cœur de la décennie 2000. Le New-Yorkais a commencé sa carrière auprès du Juice Crew, le collectif assemblé par le premier grand beatmaker du hip-hop, Marley Marl, et en 1988, il a participé au posse cut culte "The Symphony". En 1990, son premier album, Take a Look Around, porté par le succès du single "Me & the Biz", a été produit par Marl et est sorti sur son label, Cold Chillin'. Et quinze ou vingt années plus tard, Masta Ace sortait encore des disques bien accueillis par la critique, Disposable Arts (2001) par exemple. Sa carrière, donc, a été longue et riche. C'est cependant Slaughtahouse, sans conteste, qui en est le sommet.

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En 1993, pour son second album, notre homme revenait dans une nouvelle configuration. Changeant son nom de Master Ace en Masta Ace, désormais entouré d'un groupe, Masta Ace Incorporated, constitué de Lord Digga, d'Eyceurokk, de Paula Perry et de la chanteuse Leschea, il se renouvelait. Au cours des trois années qui avaient séparé cet album du précédent, le hip-hop avait encore muté à une vitesse supersonique, le style gangsta et le g-funk californien ayant volé la vedette au rap new-yorkais. Mais Masta Ace prouvait qu'il était resté à l'écoute, en sortant un album qui avait intégré à son rap East Coast, jazzy, dur et au bord de l'expérimentation, les sons plus chaleureux nés à l'autre bout des Etats-Unis.

Toutefois, il ne fallait pas compter sur Masta Ace pour hurler avec les loups. C'est un œil critique que notre homme, l'un des plus malins et lucides qu'ait compté la scène rap, jetait sur ses contemporains, c'était un ton corrosif qu'il employait à leur encontre. Dès "A Walk Thru the Valley", un spoken word qui décrivait ce qui ne tournait pas rond dans la communauté afro-américaine, le registre employé était clair : c'était du hip-hop engagé, du conscious rap, mais sans prêche ni naïveté. Masta Ace et ses complices s'en prenaient à l'occasion aux policiers bornés (l'excellent et bondissant "Jeep Ass Nigguh"), mais c'est leur pairs qu'ils visaient en premier lieu, pour ce qu'ils avaient fait des quartiers ("Late Model Sedan", "The Big East"). Avec jubilation, le rappeur usait de la caricature pour tourner en dérision les gangsta rappers, sur l'instrumentation branlante et pleine de surprises de "Slaughtahouse", ou plus tard sur le brillant "Boom Bashin'".

Sur cet album, c'était de toute la mythologie du criminel dont Masta Ace se moquait, par exemple avec le dialogue de "Who U Jackin", où un gangster se faisait rabattre le caquet par une femme, ou sur le brillant "Jack B. Nimble", quand était mise en scène la fuite sans issue d'un délinquant minable. Masta Ace, cependant, ne se contentait pas de critiquer. Il prouvait aussi sa supériorité sur les morceaux finaux, des "The Mad Wunz", "Ain't U da Masta", "Crazy Drunken Style" et "Saturday Nite", où il privilégiait l'égo-trip et le style battle.

Sorti en 1993, l'année où New-York reprenait à Los Angeles la couronne du rap, où le Golden Age avait définitivement cédé la place à une autre ère, violente et sombre, le deuxième Masta Ace conciliait le meilleur des deux scènes et des deux époques. Il révélait un rap à message mais ludique, une posture hardcore mais qui gardait la nature joueuse du hip-hop originel. Et pour ne rien gâcher, les beats, tubesques sur "Saturday Nite", malsains et lents sur "Boom Bashin'", haletants sur "Style Wars" et sur "Crazy Drunken Style", étaient exceptionnels, au point que seule l'absence de goût peut expliquer que Slaughtahouse, un disque au meilleur niveau de ces années là, n'ait pas eu un plus grand retentissement.

Vos 5 albums / mixtapes 1993

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