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GLUE - Catch as Catch Can

, 22:13 - Lien permanent

Au bout du compte, la discographie de Glue se sera résumée à peu de choses. Outre des maxis, un tour CD, un instrumental et un EP transitoire, Sunset Lodge, le trio n'aura livré que deux albums. Chacun de ces disques, cependant, a été une réussite, le résultat d'une alchimie parfaite entre le rappeur Adeem, le beatmaker Maker et le DJ DQ, l'exemple même d'un enregistrement exécuté avec soin, sans se soucier de livrer quoi que ce soit de neuf, ou d'ancien, par trois artistes d'égale importance, qui ont eu le bonheur d'avoir été sur la même longueur d'onde.

GLUE - Catch as Catch Can

Fat Beats Records :: 2006 :: acheter ce disque

Pourtant, même s'ils atteignaient le même point d'équilibre, s'ils refusaient tous deux tout coup d'éclat trop facile, s'ils restaient à égale distance du conformisme crasse et de l'expérimentation vaine, les deux écueils de l'underground hip-hop, Seconds Away et Catch as Catch Can étaient différents. Sur le premier, Adeem cultivait sa fibre emo, il donnait dans l'introspection. Sur le second, en revanche, qui sortait contre toute attente chez le disquaire et label culte Fat Beats, le rappeur invitait à combattre la sinistrose et le défaitisme ("Stride"). Il tournait son regard sur l'extérieur, il se faisait engagé et observateur critique de l'état du monde. D'ailleurs, l'un des titres s'intitulait ainsi, "The State of the World".

Ce disque là était plus expansif, plus explosif, plus extraverti. Dans les paroles, mais aussi dans le rythme, plus soutenu (ce "Beat Beat Beat" qui pulse, ce "Glupies" à la batterie pétaradante), avec des accents rock hargneux ("A Lot to Say", "Making a Mess", le finale échevelé de "Vessel"), avec un groove funky ("Restless", "Belmont and Clark"), avec surtout les scratches de DJ DQ, et ce turntablism plus présent et plus débridé que sur le disque précédent, y compris sur des plages instrumentales, dont "In Between Her" et sa guitare particulièrement maltraitée était l'un des plus notables. Seules quelques plages cultivaient une veine plus calme, plus détendue, plus jazzy, comme "Hometown Anthem".

Et quelque part, on y perdait un peu. Ce surcroit de dynamisme effaçait la tension fragile qui avait été l'atout de l'album précédent. C'est d'ailleurs sur ses moments les plus proches de Seconds Away que Catch as Catch Can convainc le plus, comme le délicat "Never Really Know" qui s'achève en trompette jazz, et où Adeem se penche sur les illusions du passé ; comme encore ce morceau concept, "Vessel", un crescendo, où le rappeur marie ses deux registres, réflexion sur lui-même et chronique du temps présent, de loin le meilleur moment de l'album, sa pièce maîtresse. A moins que le violoncelle et les scratches du somptueux instrumental de clôture, "Someone Who Dares", ne lui volent ce titre.

Malins les gens de Glue, qui avaient donc eu le génie de terminer un deuxième album globalement réussi, mais un poil au-dessous du précédent, par ce qui pourrait bien être trois des plus jolis titres de leur carrière en commun.

Vos 5 albums / mixtapes 2006

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