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DE LA SOUL - 3 Feet High & Rising

, 14:01 - Lien permanent

A la fin de la décennie 80, des années que certains désigneront plus tard comme l'âge d'or du hip-hop, le genre évoluait à une vitesse prodigieuse. Sans cesse, s'ouvraient de nouvelles voies, apparaissaient des ruptures décisives. Et 3 Feet High & Rising (un titre emprunté à… Johnny Cash) ne fut pas le moins révolutionnaire des albums de ces années-là, consacrant le rap inventif du collectif Native Tongues, inauguré peu avant par les Jungle Brothers, et annonçant l'entrée dans une nouvelle ère, bientôt appelée le Daisy Age : l'âge des pâquerettes.

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L'innovation la plus visible, c'était l'imagerie du trio, ces couleurs chatoyantes et ces fleurs qui ornaient la pochette, ces airs d'intellos facétieux qu'y arboraient les jeunes rappeurs Posdnuos, Trugoy et Pasemaster Mase. A cette époque, après Boogie Down Productions et Public Enemy, juste avant la déflagration du gangsta rap californien, la voie empruntée par le hip-hop semblait toute tracée : le genre devenait sans cesse plus agressif, plus menaçant. De La Soul, cependant, avait choisi de nager à contre-courant et de donner dans un rap joueur et bon esprit.

Les trois compères se moquaient du conformisme de leurs pairs ("Me Myself and I"), ils dénonçaient les violences du ghetto ("Ghetto Thang"), ils disaient non à la drogue ("Say No Go"), ils nous parlaient d’amour ("Eye Know") ou de manque de confiance en soi ("Can U Keep a Secret"), ils n'avaient pas peur des mélodies, chantant à l'occasion sur "The Magic Number". Et des thèmes (les odeurs corporelles sur "A Little Bit Of Soap"…) aux pseudonymes des rappeurs (Trugoy est une inversion du mot "yogurt"…), se manifestait leur humour potache.

Cependant, la révolution De La Soul ne tenait pas qu’aux paroles. Elle résidait aussi dans la production de l'album, assurée par le fantasque Prince Paul, leur parrain, venu du groupe Stetsasonic. Ensemble, nos lascars élargissaient le registre du hip-hop. Les samples, très nombreux (parfois plus d'une dizaine par titre), n'étaient plus limités au funk et à James Brown, ils puisaient partout ailleurs, dans le jazz, la pop, le reggae et le rock psychédélique des années 70.

Psychédélique, voilà le mot qui qualifiait le mieux ce disque qui proposait cinquante nouvelles idées à la seconde et, marque de fabrique pour Prince Paul, de multiples interludes loufoques. Avec leur rap de gentils doux dingues, les De La Soul devenaient, selon les médias, les hippies du hip-hop. Une image encombrante et réductrice, qu'ils tenteraient de casser dès le prochain album, un De La Soul Is Dead (1991) dont la pochette exhiberait ostensiblement un pot de fleurs brisé.

Vos 5 albums / mixtapes 1989

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