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DAN LEROY - Paul's Boutique

, 22:40 - Lien permanent

Rédiger un livre de la série 33 1/3 équivaut à marcher sur une corde raide. En dédiant un ouvrage tout entier à un seul disque, la tentation est grande, soit d'extrapoler, de diverger, de digresser sur des éléments de contexte, soit d'en faire une présentation factuelle et sans relief. C'est dans le second travers, malheureusement, qu'est tombé Dan LeRoy avec son volume sur le deuxième Beastie Boys, ce Paul's Boutique considéré comme le pinacle artistique de la carrière de nos mauvais garçons, et une pièce maitresse de l'histoire du sampling.

DAN LEROY - Paul's Boutique

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Ce volume de la fameuse collection suit un plan classique. D'abord, il présente le contexte, la genèse de ce disque, ses conditions d'enregistrement. Ensuite, il décrit de manière détaillée chacune des plages de l'album. Puis il parle de sa réception et de sa postérité. C'est complet, c'est fonctionnel, ça répond au cahier des charges qui vise à présenter l'œuvre sous toutes les coutures. Mais trop souvent, l'écriture est terne et laborieuse, ça manque d'accroche et de souffle.

Dans son récit, Dan LeRoy expose pourtant de nombreux détails importants sur cet album. Il souligne son statut de disque maudit, apprécié par la critique mais boudé par le public, avant, finalement, au fil des ans, porté par sa qualité et sa grosse cote critique, de bien se vendre. Il montre les difficultés qu'ont rencontrées nos lascars pour se défaire, après Licensed to Ill, de leur réputation de voyous immatures et braillards, et pour se reconvertir en artistes crédibles. Il retranscrit l'ambiance du studio, entre travail intense, dilettantisme et grosses déconnades.

Surtout, l'auteur précise le rôle clé d'autres artistes dans la conception et la production de Paul's Boutique, comme les Dust Brothers (Michael Simpson et John King), Matt Dike et Mario Caldato Jr. Il rappelle que, si l'album porte le nom des Beastie Boys, ceux-ci sont loin d'en avoir été les uniques créateurs. Tout comme Licensed to Ill, qui devait énormément à Rick Rubin, ce second album avait ses propres Pygmalions. La prise en main complète d'un disque par les Beastie Boys eux-mêmes ne surviendra pour eux qu'avec le troisième, Check your Head.

L'essentiel est là, donc. Cependant, le séquençage choisi par Dan LeRoy, chronologique, puis analytique, a quelque chose d'aride et de mécanique. En sont absents l'esprit de synthèse, la longueur de vue, la mise en perspective, qui savent rendre un livre digeste et instructif. L'auteur s'y essaie pourtant, dans le chapitre final, quand il dit quelques mots pour mieux situer ce disque dans l'histoire du sampling, ou quand il disserte pendant quelques paragraphes sur l'esprit de nostalgie qui habite cet album bourré de samples (de 100 à 300, selon les auteurs !) de tous genres et de toutes les époques, du plus noble au plus honteux, quand il le décrit comme une gigantesque madeleine de Proust ; non, mieux, comme un gros paquet rempli de dizaines de madeleines de Proust.

Dan LeRoy fait parfois preuve de recul. Mais pour l'essentiel, les détails triviaux sont ici trop nombreux pour marquer les esprits. La faute, pas nécessairement à l'auteur, mais à l'exercice imposé par la collection 33 1/3, éminemment délicat.

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