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D-SISIVE - Let the Children Die

, 11:41 - Lien permanent

Malgré quelques temps forts, pas certain que cet album trop long de D-Sisive ait été le meilleur en 2009 dans la catégorie du hip-hop canadien, comme certains ont pu le prétendre. Mais à coup sûr, le rappeur de Toronto se distingue sans discuter dans celle du rap intimiste, noir, dépressif, suicidaire et forçant sur le pathos, comme annoncé par cette étrange pochette tristounette en noir et blanc.

D-SISIVE - Let the Children Die

Urbnet Records :: 2009 :: acheter ce disque

He's so-so and his voice annoys me
High-pitch pierce in my headphones foam
String section, kill the whining
Air violins played right behind him

En voilà au moins un qui voit clair sur ses limites. En pointant d’emblée tout ce qui gêne sur cet album célébré, à droite et à gauche, comme la meilleure sortie rap canadienne en 2009, Derek Christoff, alias D-Sisive, désamorce à l’avance toute critique. Maintenant que nous sommes tous d’accord sur ce qui plombe ce disque, son ambiance morose, son phrasé monotone, son introspection chargée de désespoir (une détresse fondée, celui qui fut un temps un espoir du rap canadien a traversé une longue période de dépression après avoir perdu ses deux parents…), il ne nous reste donc plus qu'à constater ce qui, au contraire, fonctionne ici.

Laissons les enfants mourir, donc… En voilà un titre, et un bon avant-goût de la couleur sombre du disque, de ce noir quasi uniforme. Voici un bon prémice de ce ton personnel et confessionnel, à peine troublé par la présence d’autres Canadiens notoires (Buck 65, Classified, etc.). Le rappeur, au bout du rouleau, semble vouloir échapper à notre monde. Dans ses paroles, comme avec cette pochette qui le montre en oiseau de mauvais augure, trop grand devant son piano jouet, le regard rivé sur une photo échappée d’un passé heureux, il exprime une volonté de retour vers l’enfance, vers ce temps d’avant le drame, vers ce monde de l’imaginaire célébré sur l’excellent "Switzerland". L’insouciance de cette époque révolue n'est plus, la drogue et le suicide sont ses dernières perspectives ("The Introduction"). D-Sisive, toutefois, s'emploie à revivre ses plus jeunes années, il revient sur les espoirs d’avant ("Mr. Daydream"), sur ses premiers pas dans le rap ("Nobody With a Notepad", "Back Then"), sur un père disparu et magnifié ("Father").

D-Sisive est un bon conteur, comme le montre le dialogue entre un voleur et sa victime sur le mélodique et très bon "Glorious". Il sait aussi être mordant, par exemple quand il s’en prend aux mauvais MCs sur "Let the Children Die" et sur "I See", des MCs qu’il invite à rester eux-mêmes sur un "Song To Sing" plus pêchu. Le Canadien, en somme, respecte malgré tout les routines du rap, il n’oublie pas le principe du "keep it real". Mais un "keep it real" réactualisé, qui se traduit pour de bon par la nécessité d’être authentique, pas par celle de se prétendre ghetto quand on ne l’est pas. Et ce principe, finalement, quelles que soient les longueurs de cet album, son rap morne, son boom bap qui ne se distingue pas toujours par la subtilité, ses samples larmoyants, D-Sisive se l’applique avec succès.

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