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CLIPSE - Hell Hath No Fury

, 23:03 - Lien permanent

La scène de Virginia Beach, celle qui a donné naissance à Timbaland, à Missy Elliott, aux Neptunes et, donc, à Clipse, a, en plus de révolutionner le genre, défié les géographes du hip-hop. A-t-elle été une extension du rap East Coast, ou appartenait-elle au turbulent Dirty South ? La question reste posée, bien que Hell Hath no Fury ait démontré qu'elle pouvait aussi hériter du meilleur des deux.

CLIPSE - Hell Hath No Fury

Jive :: 2006 :: acheter ce disque

Cet album avait tardé à voir le jour. Quatre années durant, les frères Terrence "Pusha T" et Gene "Malice" Thornton, avaient galéré. Ils s'étaient pris le bec avec leur nouveau label, Jive, tout en entretenant l'intérêt des fans avec les mixtapes de la série We Got It 4 Cheap, avant de parvenir à donner suite au prisé Lord Willin', produit en 2002 par des Neptunes au sommet de leur forme et porté par le single "Grindin'". L’attente, cependant, avait valu la peine, ce second acte se montrant supérieur au précédent. Plus sombre, comptant peu d'invités, et limité à trois quarts d'heure, cet autre opus donnait dans un rap de rue à la manière new-yorkaise, mais avec une pointe d'audace et d'iconoclasme purement sudistes.

Côtés paroles, le sujet majeur était la drogue, sa consommation, son deal, son argent et les difficultés ou états d'âme induits. C'était le portrait habituel du criminel endurci, mais avec un brin d'introspection, d'autocritique et d'ironie, comme le laissait entendre cette pochette improbable où Pusha T et Malice, couronnes de fête des rois sur la tête, posaient fièrement devant une gazinière et des murs de dollars, tournant en dérision l’univers du deal et des stupéfiants. Hell Hath No Fury nous parlait de gangsters, mais laissait paraître des failles intérieures, comme avec ce "Nightmares" final qui citait le modèle du genre, le "Mind Playing Tricks on Me" des Geto Boys, musicalement à contre-courant des autres, plus cool, chanté en partie par Bilal, et habité par un orgue chaleureux.

Côté beats, la formule était plus sobre qu'autrefois, mais avec toujours l'inventivité des Neptunes, représentés par le seul Pharrell Williams. Hell Hath no Fury nous offrait du bon vieux boom bap, excessivement austère (visez le beat de "Ride Around Shining"), parfois à la limite de l'ennui (un "Ain’t Cha" linéaire), mais avec des sons inhabituels : accordéon sur "Momma I'm Sorry", steel drums sur "Wamp Wamp (What It Do)", guitare sur "Dirty Money", bruits synthétiques et nappes arides sur "Mr. Me Too", "Hello New World", "Chinese New Year", sur l'halluciné "Keys Open Doors" et sur l'efficace "Trill". Des sons plus coutumiers chez les Neptunes, qui sortaient alors, avec les frères de Clipse, leur grand album tardif.

Vos 5 albums / mixtapes 2006

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