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ANTIPOP CONSORTIUM - Tragic Epilogue

, 22:23 - Lien permanent

Le nom même d'Antipop Consortium, tout comme la pochette arty de leur premier album, révélait les intentions du trio. Issus du Nuyorican Café et du mouvement Rap Meets Poetry, creuset de la scène spoken word new-yorkaise, High Priest, Beans et M. Sayyid, épaulés par le DJ E. Blaize, proposaient avec Tragic Epilogue l'opposé exact de la variété rap (la pop, au sens américain du terme) devenue à la fin des années 90 la forme dominante des musiques populaires. Rien d'étonnant pour un groupe qui collaborait avec DJ Vadim, citait Sun Ra et Ornette Coleman comme influences, avait Company Flow et Mike Ladd pour compères et fréquentait aussi des artistes aussi divers qu'Arto Lindsay, Alec Empire ou Vernon Reid.

ANTIPOP CONSORTIUM - Tragic Epilogue

75 Ark / PIAS :: 2000 :: acheter ce disque

Inutile de chercher un tube chez APC : Tragic Epilogue était de ces disques qui se méritent et qui se bonifient avec le temps. Cela était vrai pour la musique, sorte d'électro lent, assemblage de sons synthétiques et dépouillés, hostile aux samples trop voyants et bâtie sur des rythmes travaillées. Cela était vrai aussi pour les paroles, obtuses, et scandées magistralement par trois voix mémorables. Cerise sur le gâteau, le trio s'adjoignait sur cet album les services de deux rappeurs cultes et virtuoses, deux vétérans de l'undergound hip-hop, ses grands parrains : Pharoahe Monch d'Organized Konfusion, sur l'obsédant "What I Am", et Aceyalone de Freestyle Fellowship sur le long, l'inquiétant et l'indianisant "Heatrays".

Tout cela était d'une grâce ténébreuse peu entendue depuis Funcrusher Plus, d'une étrangeté comme seul ce cinglé de Kool Keith l'affectionnait. Avec le soutenu "Laundry", l'electro incisive de "Nude Paper", le calme malsain de "Your World Is Flat", le futurisme de "Here They Come Now", l'insistant et expérimental "Moon Zero X-M", le rêche "Lift", le free jazz de "Eyewall", le long et langoureux "Sllab", les basses puissantes de "Smores", un "Disorientation" interprété en partie par la rappeuse Apani B et le bizarre "What I Am", Antipop Consortium proposait l'une des plus saisissantes suites de titres jamais entendues sur un album rap.

Les atours expérimentaux de Tragic Epilogue et l'étrange poésie de ses trois principaux protagonistes poussaient le rap dans de nouvelles directions. Mais en même temps, de manière paradoxale, ils le ramenaient à l'époque de Downtown Manhattan quand, au début des années 80, les premiers rappeurs s'étaient mêlés à l'intelligentsia artistique de New-York, quand rap et musique électronique n'avaient pas encore divorcé, et enfantaient des morceaux bizarres et délicieux.

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