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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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ZOEN - One Night Between

, 22:30 - Lien permanent

La courte histoire du rap indé s'est étalée sur deux générations. La première, celle de la fin des années 90, celle des Co-Flow & co, a privilégié un rap dur, industriel, difficile, soucieux d'expérimenter, mais encore fermement ancré dans la noirceur austère du boom bap new-yorkais. Puis, après la révolution Anticon, vint un deuxième hip-hop indé, sensiblement différent, cultivant de nettes affinités avec l'indie pop, un hip-hop de chambre plus émancipé de l'héritage rap classique, plus à son aise avec le métissage des genres, et souvent plus amateur encore.

ZOEN - One Night Between

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A son niveau, la France a connu ces deux tendances. De loin, elle a suivi les phases traversées par le rap indé de l’autre côté de l’Atlantique. Il y eut d’abord la vague TTC, La Caution, etc… plus ou moins au diapason du hip-hop indé expérimental et électronique des débuts, quoiqu'adaptée au goût local. Et puis, beaucoup plus tard, moins exposées, de nouvelles personnes se sont mises au rap emo et intimiste façon soso ou Astronautalis, parmi lesquelles l’ami Zoën.

En dépit de ces évolutions notables et de la diversité de ces gens, toutefois, une constante demeure : tous ces Français, même s’ils sont à connaître, même s’ils entretiennent des relations artistiques avec eux, peinent à rester aussi captivants, dans la durée, que leurs homologues nord-américains. C’est aussi le cas de Zoën sur cet album, One Night Between, sorti chez les Américains de Milled Pavement.

Oh, rien de repoussant ici. Bien au contraire. Zoën est meilleur beatmaker que MC, et ça tombe bien, puisque ce sont d'autres qui rappent sur ses sons, ici, dont plusieurs artistes phares de la scène mentionnée plus haut, les soso et Astronautalis susnommés, ainsi que Ceschi et l’increvable rappeur psyché canadien Noah23. Et le tout se laisse écouter. On y trouve quelques indéniables réussites, comme l’usage ingénieux de chœurs d’enfants sur le "Lonely Kid" interprété par Andrre, comme ce "Shame" avec Andromeda et comme ce "Gebirgsee" rappé en Allemand par Epilog, des titres qui flirtent périlleusement avec le trop triste, le trop affecté, mais qui s’en sortent bien. A noter aussi, l’apothéose de ce "Magistrate" interprété par Noah23 et les susurrements d’Astronautalis sur le délicat "Be Careful What You Wish For", tous deux à contre-courant du reste de l’album.

Dans l’ensemble, donc, c'est agréable, c'est soyeux, c'est mélodique, c’est maitrisé. Mais ça manque parfois de surprise, de violence, de malaise. Il y a de la formule dans la façon dont Zoën force sur le pathos d'un piano dépressif, avec des mélodies tristes façon "Jeux Interdits" à la limite de l'humainement supportable ("Subduing Demons"). Témoin ce violoncelle tire-larme franchement too much, dégainé pour le rap confessionnel de soso sur cet "Unknown Artist" qui, contrairement aux albums du rappeur canadien, n’évite pas tout à fait le piège du grotesque. Jugement presque semblable pour Ceschi, qu’on a connu plus en forme que sur ce "Shine", et surtout ce "I Don't Wanna Be" en roue libre.

C’est tout cela qui nous retient, ainsi, peut-être, qu'un zest de mauvaise foi, que cette exigence supplémentaire que l’on a envers les artistes de chez nous. C’est cela qui nous fait douter encore, malgré tout le soin mis dans la production de ce nouveau disque, d’un rap indé made in France de classe internationale.

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