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X - Los Angeles

, 23:17 - Lien permanent

Après New-York et Londres, Los Angeles. La ville californienne a été le troisième grand centre de la vague punk. Et, au sein de cette scène, X a été le groupe le plus visible. Pourtant, à bien y regarder, malgré toute la hargne et toute la fraicheur dont le groupe fondé en 1977 par John Doe et Exene Cervenka a su faire preuve, ce punk là n’était déjà plus le même que celui des deux autres villes.

X - Los Angeles

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Des musiciens bien plus adroits et aguerris que ce que suppose l’idéologie punk, dont un, le guitariste Billy Zoom, nettement plus âgé que les autres, ayant fait ses armes dans le rockabilly. Le patronage d’une figure célèbre de l’ancienne école rock, Ray Manzarek, qui produit l’album, le parsème des coulées d’orgue qui ont été sa marque de fabrique chez les Doors et fait reprendre à X le "Soul Kitchen" de son ancien groupe. Des gens qui mâtineront rapidement leur formule de hard-rock ou de folk. Une reconnaissance critique unanime, aussi bien dans la presse underground que de la part de rock critics anciens et établis. Sans nul doute, avec ces quatre là, le punk ne se limitait pas à une rupture avec l’ordre ancien.

A l’image de sa pochette, Los Angeles est un disque punk. Il a fait siens les guitares agressives, les rythmes frénétiques, les voix abrasives, les paroles corrosives, la critique sociale ("Sex And Dying In High Society") et le principe de concision propres à ce mouvement. Il a livré au genre quelques morceaux de bravoure, notamment, l’impeccable "Los Angeles". Mais dans le même temps, on retrouve une influence rockabilly dans les solos de Billy Zoom, par exemple sur "Johnny Hit And Run Paulene", tout comme dans certaines intonations de John Doe. Et, en jouant habilement de leurs voix, les deux chanteurs, Exene Cervenka et le même John Doe, confirment quelque part la prédilection de la Californie pour les harmonies vocales. Ils les font tout juste entrer avec succès dans l’ère punk.

Dès Los Angeles, en plus d’autres éléments (les bonus de l’excellente réédition de 2001 nous dévoilait des guitares funk sur "Cyrano De Berger's Back"), vieux et nouveau rock se fondaient plus qu’il n’y paraissait. "Nausea", l’un des hymnes les plus noirs du groupe, était envahi par l’orgue de Manzarek, sans que ça ne jure un seul instant. Leur reprise des Doors devenait le titre le plus académiquement punk rock de l’album. Et "Unheard Music", sans doute le sommet de l’album, était curieusement, à l'encontre des formules punk rock, le plus long et le plus lent.

X dépassait le stade nécessaire, mais primitif, de la table rase. A l’instar du Clash de London Calling, mais avec presque plus de succès, il recollait aux racines. Il ne cherchait pas, naïvement, à tuer le rock, ou à revenir à ses origines. Il en livrait une version rénovée, rafraichie, renforcée par le nouveau langage, les nouveaux usages et les nouvelles intonations de l’époque. Et c’est pour cela qu’aucun de leurs premiers albums, à commencer par celui-ci, n’a pris la moindre ride.

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