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VIOLENT FEMMES - Violent Femmes

, 22:48 - Lien permanent

Si pour faire un bon disque, il faut savoir être singulier, les Violent Femmes en ont été la preuve avec leur premier album, reconnu à peu près partout comme l'un des meilleurs des années 80, culte jusque dans sa pochette. Voici donc une musique dont l'allure brute et frénétique descendait du punk et de la new wave, mais avec des sonorités acoustiques issues du vieux folk, conciliant donc l'inconciliable avec succès, comme le Gun Club pouvait le faire avec le blues dans le même temps.

VIOLENT FEMMES - Violent Femmes

Slash Records :: 1983 :: acheter ce disque

Comme souvent quand un groupe débarque avec une formule invraisemblable et inédite, ces Violent Femmes, qui n'étaient pas nécessairement violents, et nullement des femmes ("femmes" est en fait un mot d'argot local signifiant quelque chose comme "mauviettes"), sortaient de nulle part, soit Milwaukee, Wisconsin. Composé du chanteur et guitariste Gordon Gano, du bassiste Brian Ritchie et du percussioniste Victor DeLorenzo, le trio avait été repéré par James Honeyman-Scott des Pretenders, signé sur le label punk Slash. Le groupe de Chrissie Hynde le parrainant, il allait connaître toutefois une exposition inespérée.

Leur formule de trublions avait quelque chose d'extatique sur cet album sorti en 1982, puis dans une version enrichie des deux derniers titres en 1983, et qui, au fil des années, allait devenir progressivement disque de platine. Il aurait une longue postérité, anticipant ce rock alternatif lo-fi issu du punk et du hardcore, mais qui n'hésitera pas à renouer avec les vieilles lunes folk ou country. Pour la petite histoire, il inspirera aussi le groupe français Louise Attaque (Gordon Gano produira d'ailleurs leurs premiers albums). Les sons, cependant, ne sont pas la seule raison du succès critique et long terme du premier Violent Femmes.

L'autre atout du groupe, c'est qu’il associait à sa musique jubilatoire des paroles qui convoquaient l'éternel adolescent, qu'il capitalisait sur l'esprit nerd inauguré quelques années plus tôt par Jonathan Richman et ses Modern Lovers. Leurs paroles n'étaient faites que de cela : désirs de grandir et de prendre la voiture à papa, confessions naïves et maladroites ("Gimme the Car"), éveil à la sexualité, travail des hormones ("Add It Up"), morgue, troubles, émois et inconforts de l'âge ingrat ("Kiss Off"), enthousiasmes amoureux ("Prove my Love"), passions de teenagers (ce "Gone Daddy Gone" repris plus tard par Gnarls Barkley – les Violent Femmes leur rendront la pareille avec une version de "Crazy"), etc...

Tout cela épousait à merveille l'esprit amateur et la musique énergique, trépidante et quasiment artisanale, que le trio proposait avec guitare acoustique, contrebasse et percussions traditionnelles, et même un brin de violon sur le très beau et anormalement doux "Good Feeling". Tout cela concourait à faire de ce disque l’évocation puissante et définitive des joies et des tourments adolescents.

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