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TIM BUCKLEY - Tim Buckley

, 09:05 - Lien permanent

Il y a la première comparaison, celle entre les deux Buckley, celle entre le père, Tim, et le fils. Et elle est vite pliée, tant la discographie de Jeff, malgré les bons moments de Grace (1994), paraît bien maigre en regard de celle du paternel. Mais ensuite, vient le second parallèle, plus problématique, celui que l'on fait entre les deux Tim (voire les trois, ou les quatre… tant le chanteur a su se renouveler au fil des albums), celui très accessible et enflammé des débuts, et l'autre, plus jazz, plus cérébral, plus expérimental. Et là, cela devient nettement plus problématique.

TIM BUCKLEY - Tim Buckley

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Les snobs préfèrent souvent le second Tim Buckley. D'abord, parce qu'il a lui-même renié les chansons au parfum d'adolescence de ses débuts, et que d'autres, comme son guitariste Lee Underwood, sont allés dans son sens, qualifiant ce premier album folk de maladroit. Ensuite, parce que le tournant expérimental de la carrière de Tim est précisément ce qui le distingue du fils, ce qui lui donne un cachet supplémentaire, alors que l'on retrouve sur ses premiers albums les mêmes élans, la même exaltation, la même posture über romantique que celles de l'autre.

Pourtant, l'accessibilité n'a jamais été un crime, et le Tim Buckley des débuts était loin, bien loin, d'être négligeable. Qualifier Tim Buckley (1966), le premier album, d'œuvre de jeunesse, est excessif. D'accord, il est sorti quand le chanteur n'avait que dix-neuf ans, qu’il venait d’émerger de la scène du Comté d’Orange, celle d’où viendrait aussi Jackson Browne, et qu'il révélait des chansons que le jeune chanteur avait commencé à écrire au lycée, Larry Beckett se chargeant de compléter ces textes. Mais franchement, vous en avez entendu tant que ça des teenagers avec un talent aussi éclatant, avec une voix aussi profonde et assurée, avec des textes aussi chiadés et des arpèges de guitare aussi complexes ?

Au contraire, on pourrait tout autant reprocher à Buckley d’avoir mûri trop vite. Même le second album, Goodbye and Hello, pourtant encore très accessible, et l'un de ceux qui a bien marché, n’avait plus la fougue du précédent. Enregistré sous influence psychédélique, plus maîtrisé, il regorgeait aussi d’excellents titres, notamment ce "Phantasmagoria In Two" à inscrire dans la liste des plus belles chansons de la riche décennie 1960. Mais il sonnait déjà plus adulte. Car en ces années là, sur la scène folk comme ailleurs, on vieillissait plus vite qu’aujourd’hui.

Alors, si l'on veut jouir du Tim Buckley le plus intense et le plus ardent, c’est encore le premier album qu’il faut écouter. C’est là qu’il emploie de la façon la plus instinctive son incroyable voix capable de couvrir sans forcer plusieurs octaves. C’est là aussi que ses élans lyriques sont le mieux mis en valeur, à l'occasion, par les arrangements de Jack Nitzsche et les claviers de Van Dyke Parks. Il est difficile de distinguer, malgré quelques graines de hit ("I Can’t See You", "Aren’t You The Girl", "It Happens Every Time", et le somptueux "She Is"), un titre meilleur que l’autre parmi ces douze odes amoureuses sophistiquées, ces chroniques des grandeurs et des drames de la passion, que Buckley proposait sur ce premier jet.

Alors oui, tout cela pèche d’un léger excès de romantisme. Mais le contraire du romantisme, c’est souvent la complaisance, et on a le droit de préférer le premier.

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