K Records :: 1999 :: acheter ce disque

The Make-Up a été l’un de ces innombrables grands groupes auxquels les témoignages discographiques n’ont pas nécessairement fait justice. Comment, en studio, capturer au mieux la classe, la sensualité et le débordement d’énergie d’un Ian Svenonius ? Comment apprivoiser sur un simple objet ce mélange de rock 50’s et de black music d’autrefois, cette mixture où l’on retrouve des bouts de soul, de gospel, de rhythm’n’blues et de psychédélisme, mais passés au filtre du hardcore américain ? Comment rendre pertinente autrement que sur scène cette musique où l’on respire à plein poumon les odeurs du foutre et de la sueur ?

Save Yourself, le dernier album du groupe, pour beaucoup le plus abouti, n’atteint pas totalement à cet objectif, mais il s’en approche de près. S’il est inégal ou, pour être moins sévère, si tous les titres ne font pas mouche, une diversité de sons (la cloche de "The Bells", la trompette de "C'Mon, Let's Spawn", etc…) et une production d’une netteté inédite pour le groupe révèlent quelques morceaux parmi les plus puissants jamais enregistrés par le Make-Up : l’introductif "Save Yourself" avec cette montée en puissance parfaite et cette basse oppressante qui passe le relai à une guitare mordante ; un "I Am Pentagon" très 60’s psychédélique avec ses tintements et son orgue chaleureux ; le joliment pop "Call Me Mommy" pour respirer un peu ; puis une fin d’anthologie, une somptueuse et très libre adaptation de "Hey, Joe", en crescendo, à deux voix, et qui s’achève par un retour en rut de Joe, de sa guitare, de sa grosse caisse, de ses cymbales, en une grandiose apothéose où les paroles et l’intonation de Svenonius n’ont jamais été aussi stylés.

Sur Save Yourself, le Make-Up a tiré profit de la production attentive de Brendan Canty, le batteur de Fugazi. Pourtant, et c’est tant mieux, il ne s’est pas assagi. Même sans avoir jamais vu Svenonius en concert, il est impossible de ne pas visualiser la scène, de ne pas voir ce chanteur en perdition, mais voluptueux, d’un sex appeal à rendre jaloux un Mick Jagger au faîte de sa splendeur, se livrer à une catharsis extrême et totale, s’abandonner et se contorsionner pendant qu’il déclame ses prêches détournés par le Malin, ces harangues où les objets d’adoration, en lieu et place de Dieu, sont devenus la femme, la chair, le sexe.