Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

SCOTT PLAGENHOEF - If You're Feeling Sinister

, 23:09 - Lien permanent

Pas de panique. Si vous croyez que la collection 33 1/3 marque le début de la fin, en faisant entrer les œuvres du rock au musée, en les analysant au cordeau, de manière universitaire, vous vous trompez. Nous n'en sommes pas encore là. Prenez le volume rédigé par Scott Plagenhoef sur If You're Feeling Sinister, par exemple. On pourrait redouter que ce soit une longue décortication tue-l'amour de l'album qui a révélé Stuart Murdoch et les siens. Mais il n'en est rien. L'auteur, l'un des responsables du magazine Pitchfork, ne parle en fait quasiment pas du disque. Seules quelques pages, vers la fin, commentent chaque plage l'une après l'autre.

SCOTT PLAGENHOEF - If You're Feeling Sinister

Continuum :: 2007 :: acheter ce livre

C'est qu'il faut les remplir ces 105 pages. Et comme ne parler que de l'album lui-même pourrait être laborieux, Plagenhoef élargit le sujet. Il l'élargit même beaucoup, énormément. En fait, c'est toute la carrière de Belle & Sebastian qui passe sous son scalpel, avec en sus une réflexion sur ce que le groupe nous dit sur l'histoire du rock en général, et du rock indé en particulier. Et tout cela est accompagné de nombreuses digressions, sur le grunge et la brit pop, sur Internet, sur la critique musicale. Le disque n'est en fait que prétexte à un long propos décousu, où l'auteur cherche à partager ses idées du moment sur la musique.

Le tout semble donc manquer d'ordre et de structure. Et pourtant, il y a une idée force, une thèse. Selon l'auteur, l'émergence de Belle & Sebastian serait un tournant dans l'Histoire du rock indé. If You're Feeling Sinister, en effet, serait l'aboutissement d'une longue aventure commencée par Orange Juice, poursuivie par les Smiths, C86, Sarah Records et la twee pop. Mais ensuite, après ce disque, plus rien ne serait pareil. Dans les années 2000, l'indé serait devenu une nouvelle variété rock, une suite de fausses sensations qui auraient perdu de vue l'héritage indé, qui seraient devenues son contraire. Et le grand fautif, ce serait Internet, et son approche superficielle de la musique, qui n'autoriserait plus le long parcours initiatique grâce auquel pouvaient émerger autrefois des Belle & Sebastian.

Online criticism now seems less about communicating ideas than about simply sharing music – even at the risk of being unwitting sockpuppets for increasingly savvy publicists and labels. Like the UK press during Britpop, success in indie music writing seems more associated with which bands you break rather than what you say about them.

On connaît ces deux critiques, celle sur Internet, et celle sur ce qu'est devenu le rock indé. Elle sont convenues. Elle sont aussi bien plus réactionnaires qu'elles ne se voudraient. Mais le comble, ici, c'est qu'elles sont formulées par un membre de la rédaction de Pitchfork, le webzine à qui les bien-pensants rock reprochent, justement, à tort ou à raison, de promouvoir ce fameux rock indé né de la dernière pluie, devenu aujourd'hui la nouvelle musique consensuelle et middle-of-the-road.

Cependant, à y regarder de plus près, ce n'est pas tout Internet que l'auteur rejette, mais l'Internet de masse d'aujourd'hui, tout en vidéos et en critiques creuses. Il regrette cette époque des pionniers, à la fin des années 90, où les vrais passionnés s'étaient emparés les premiers de l'outil, ou des communautés discutaient ensemble d'artistes ignorés par la presse, comme ces fans de Belle & Sebastian qui s'exprimaient sur la Sinister list, une liste de diffusion électronique, suppléant ainsi au boycott et à la déconsidération dont leur groupe aurait souffert dans la presse. Et on suppose que, dans l'esprit de Scott Plagenhoef, Pitchfork, avec ses articles longs et fouillés, est une survivance de cette époque glorieuse.

Comme souvent, en matière de critique musicale, ce n'est pas de l'oeuvre dont on parle. Elle est l'alibi du journaliste pour faire passer ses propres idées. Le néophyte apprendra sans doute beaucoup en lisant If You're Feeling Sinister, mais il n'est pas sûr qu'il comprendra mieux l'album, qu'il y découvrira de nouvelles subtilités. Bien au contraire. En fait, en le parcourant, on finirait presque par se convaincre que l'Internet de masse, en permettant un accès direct à la musique, en faisant fi de toute cette logorrhée journalistique, en contraignant le critique à faire court et à aller directement à l'essentiel, a été autant une bénédiction qu'une calamité.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet