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PHILIPPE ROBERT & JEAN-SYLVAIN CABOT - Hard 'n' Heavy, 1978-2010

, 22:39 - Lien permanent

Un an après, voici donc le second volume du Hard 'n' Heavy que Jean-Sylvain Cabot et Philippe Robert ont consacré à la riche filière hard rock et heavy metal. Dans le premier tome, les auteurs avaient retracé, via la sélection d'une centaine d'albums, l'épopée de ce genre musical le long d'une décennie qui avait largement été la sienne, les années 70. Cette fois, ils s'attaquent à la suite, et s'emploient à répondre à une question précise : qu'est devenu ce rock bruyant après ces années de gloire, qu'est-il advenu de lui après que le punk et la new wave l'aient contesté ? Eh bien la réponse, de leur part, semble être sans équivoque : ensuite, et jusqu'à aujourd'hui, il n'a jamais cessé d'être absolument passionnant.

PHILIPPE ROBERT & JEAN-SYLVAIN CABOT - Hard 'n' Heavy, 1978-2010

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Dès la préface, et après encore, les auteurs nient que le mouvement punk et new wave ait invalidé le metal. A la suite de Julian Cope, ancien punk passé au rock lourd avec Brain Donor, Robert et Cabot cessent d'opposer les deux traditions. L'histoire du punk puis du hardcore, leur réconciliation tardive avec les guitar heroes chevelus, leur influence sur eux, de Metallica à Guns 'n' Roses, montrent qu'ils ont été bien davantage une régénération du metal que sa négation.

Aussi les auteurs nous racontent-ils une histoire unifiée du rock fort et des guitares bruyantes, où Iron Maiden, Judas Priest et ZZ Top côtoient Black Flag, Minor Threat et Hüsker Dü. Ils passent en revue de nombreux genres divers, parfois antagonistes (hardcore, thrash metal, death metal, black metal, sludge, grindcore, doom…) dont les projets sont : soit de jouer le plus vite possible, soit de ralentir les tempos ; soit d'être répétitifs, soit de multiplier les ruptures ; soit d'être concis, soit de prolonger les morceaux ; soit de jouer de la mélodie, soit d'en effacer toute trace ; soit d'étaler sa virtuosité, soit d'assumer ses imperfections ; soit de plonger au tréfonds des ténèbres, soit d'atteindre la grâce ; soit de jouer le metal le plus pur, soit de multiplier les audaces crossover ; soit d'être psychédélique, soit de viser l'épure ; mais toujours, d'exploiter jusqu'au bout les possibilités immenses offertes par le bruit assourdissant des guitares.

A travers ces descriptions de disques, on devine aussi le changement progressif de statut qu'a connu le metal, de genre honni par l'élite critique au début des années 80, à forme cooptée par elle dans les années 2000. Plus on avance dans Hard 'n' Heavy, plus on approche de la dernière chronique, celle du Monoliths & Dimensions de Sunn O))) qui a marqué la consécration du genre auprès d'un vaste public branchouillard, plus on entend parler de connexions entre le rock lourd et l'avant-garde. Ce ne sont plus de purs produits de la scène metal qui s'adonnent à cette musique, mais des touche-à-tout comme Julian Cope, John Zorn et David Tibet. Les pages se remplissent d'ailleurs d'allusions très The Wire à Merzbow, La Monte Young, Pauline Oliveros, Eliane Radigue ou Diamanda Galas. Bref, on s'éloigne de l'image redneck et working class qui a longtemps caractérisé le hard rock.

L'autre grand intérêt de ce livre, c'est qu'il peut se lire au regard du premier, les auteurs rappelant sans cesse qui, parmi les vétérans des années 60 et 70, on entend encore sur les disques metal récents. Hendrix, par exemple, est toujours là, et Hawkwind se montre d'une étonnante actualité chez les métaleux d'aujourd'hui. Cependant, comme souligné en ouverture, le grand gagnant au jeu de la postérité, c'est indubitablement Black Sabbath, qui écrase par KO les deux autres grands qu'étaient autrefois Deep Purple et Led Zeppelin. Leurs riffs sépulcraux semblent avoir influencé irrémédiablement deux bons tiers (voire plus) des gens cités ici, par delà même les genres, comme le prouve la passion précoce de Black Flag et de la scène hardcore pour le groupe d'Osbourne et d'Iommi.

Aussi, comme toujours avec les livres de Robert, qu'il les ait écrits seul ou pas, des références côtoient des disques confidentiels, des choix personnels se mêlent aux classiques reconnus, et chaque présentation d'album est suivie de suggestions d'écoute, qui font de ce nouveau volume de Hard 'n' Heavy une autre source inépuisable de découvertes, capable de contenter le néophyte comme le fan averti.

Cette profusion de références est la force du livre, mais elle en est aussi, parfois, la grande limite. A force d'érudition, les auteurs se mettent à écrire de longues phrases à tiroir, pour raconter telle anecdote, ou rapporter telle connexion avec d'autres artistes, musiciens ou autres. Ils multiplient les digressions, les parenthèses et les propositions subordonnées. Tout cela est tellement riche que cela en donne parfois le tournis, qu'il faut du temps et du recul pour digérer. Mais la passion, il faut l'avouer, cela ne s'endigue pas facilement. Et celle qui traverse ce deuxième tome de Hard 'n' Heavy n'est rien de moins que très communicative.

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