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PAUL & LINDA MCCARTNEY - Ram

, 22:59 - Lien permanent

J'ignore bien d'où pouvait me venir une telle idée. De tels ou tels articles d'une presse plus ou moins spécialisée, peut-être. De la conviction qu'un groupe de rock n'est jamais génial éternellement, ou de titres des Wings plutôt douteux, écoutés d'une oreille distraite. Car des années durant, j'ai bien cru que les carrières solo des membres des Beatles ne valaient pas grand-chose, notamment celle, pourtant la plus prolifique et la plus commercialement juteuse, de Paul McCartney.

PAUL & LINDA MCCARTNEY - Ram

EMI :: 1971 :: acheter ce disque

Heureusement, comme souvent, le tribunal du temps à fait son œuvre. Et, depuis l'époque où des mandarins de la critique rock comme Jon Landau et Robert Christgau se sont acharnés sur Ram, un disque cosigné trompeusement pas la femme du chanteur (ses apports se limitent à quelques chœurs d'appoint), les avis ont évolué, les opinions se sont retournées de manière spectaculaire. Et aujourd'hui, cet album mal aimé fait figure de principal chef d'œuvre de l'après Beatles, il est revalorisé comme l'égal des meilleurs disques des Fab Four, et les nouvelles générations ne se lassent pas de le découvrir ou de le redécouvrir, de donner raison au grand public qui, à l'époque déjà, l'avait acheté massivement.

Depuis les années 70, les arguments se sont renversés. On pouvait autrefois considérer le chanteur comme un mauvais joueur et critiquer ses allusions fielleuses aux autres Beatles, ces scarabées en plein ébat aux dos de la pochette, et quelques piques lancées ici ou là, dès l'introductif "Too Many People". Mais aujourd'hui, toutes ces affaires personnelles sont loin, et elles ne comptent plus.

McCartney n'ayant pas la classe rock 'n' roll de Lennon, on trouvait régressives et gnangnan ces petites ritournelles pastorales faites maison, préparées par le couple dans sa ferme écossaise, et qui célébraient les vertus de plaisirs simples : vie à la campagne ("Heart of the Country"), virée en voiture ("Back Seat of my Car"), amour avec un grand A ("Long Haired Lady") ou amour coquin ("Eat at Home"). Mais deux décennies plus tard, avec l'avènement d'un indie rock introverti et sentimentaliste, tout cela a semblé finalement extraordinairement précurseur.

On pouvait se plaindre du côté fourre-tout du disque. Mais on loue aujourd'hui ses audaces et ses allures de coffre au trésor, ses trouvailles et sa foule de petits détails. On aime sa capacité à passer de titres bluesy rétro ("Three Legs") ou rock 'n' roll fifties ("Smile Away", "Eat at Home"), à d'autres où le chanteur s'égosille comme Robert Plant, à des fantaisies entrainantes ("Monkberry Moon Delight"), aux jolies mélodies et aux harmonies vocales de "Ram On", de "Dear Boy", de cet "Uncle Albert/Admiral Halsey" en deux parties, l'une mélancolique, l'autre enjouée, et au sublime finale tout en violons et cuivres de "Back Seat of my Car".

On se satisfait de ce disque kaléidoscope où se retrouvait finalement beaucoup de ce qui avait déjà séduit chez les Beatles. On y redécouvre toutes leurs facettes, et tout d'abord cette capacité à produire une musique simple mais expérimentale, arty mais populaire. On est convaincu par ce disque qui, par ces mots adressées à Lennon, répondait par avance aux critiques qui allaient trop vite l'étriller :

Too many people preaching practices
Don't let 'em tell you what you wanna be

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Commentaires

1. Le lundi 1 mars 2010, 13:29 par ledest

j'adore ce disque, découvert il y a 3 -4 ans, il fait le lien entre l'album blanc et Mellow Gold

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