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PATTI SMITH GROUP - Easter

, 17:59 - Lien permanent

Le poids de Horses (1975) dans la discographie de Patti Smith est tel, sa cote critique est si élevée par rapport au reste de sa production, aujourd'hui, qu'on en oublierait que ce n'est pas cet album qui a été le plus médiatisé, que ce n'est pas celui-ci qui lui a ouvert les portes d'un large succès. Non, l'album qui a fait connaître Patti Smith au monde, celui qui est entré dans la maison de ton grand frère, de ton beauf ou de ton oncle (selon ton âge), c'est le troisième, c'est Easter.

PATTI SMITH GROUP - Easter

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Co-signé Bruce Springsteen, le tube "Because the Night" était pour beaucoup dans ce succès, il en a été la locomotive avec cette structure classique couplet calme / refrain enlevé, avec ces paroles sur le thème banal de l'amour, avec même ce solo de guitare un peu ballot. Patti Smith, qui se remettait alors d'une grave chute survenue lors d'une tournée, avait arrondi les angles. Finies les expérimentations et, pour partie, les longues envolées lyriques des deux disques d'avant. Elle livrait ici des chansons plus resserrées, certaines aux allures d'hymnes ("Till Victory", "Privilege") et souvent très rock'n'roll ("16th Floor", "Rock 'n' Roll Nigger"), et d'autres façon ballades ("We Three"). Et au bout du compte, cet album ressemblait à ce à quoi nous avait habitués un rock plus classique, sinon plus sage.

Certes, on reconnaissait la chanteuse. Elle était toujours cette rockeuse qui, contrairement à celles qui l'avaient précédée, ne jouait pas de ses atours (il n'y a qu'à voir la pochette, où la posture sexy de la chanteuse se voit sérieusement contrebalancée par un visage farouche, et par de vilains poils sous les aisselles). Ici et là, Patti Smith se montrait toujours férue de spoken word (le "Babelogue"qui introduit l'incendiaire "Rock'n'Roll Nigger"), elle était fidèle à ces élans de poétesse dont continuent à se gausser ses détracteurs, amusés de voir une femme de plus de trente ans jouer encore et sans honte à la jouvencelle romantique, s'enhardir de naïves ardeurs lyriques. Il y avait aussi toujours beaucoup de hargne, par exemple sur ce "Space Monkey" qui évoque de futurs morceaux du groupe X, avec ses paroles et ses riffs coléreux doublés d'un orgue dégoulinant. Mais tout cela était canalisé, dompté dans un format plus à même de séduire le grand public.

Cependant, Easter était bon, grâce à une poignée de titres au-dessus du lot, par exemple la mélopée indienne de "Ghost Dance", avec ses chœurs lancinants, sa flûte et son tambourin, et ce poignant "We Three", le sommet de l'album, sans oublier les cloches de "Easter", apothéose de ce disque à la thématique vaguement religieuse. Et si "Privilege (Set Me Free)" peut prêter à la circonspection, avec sa récitation d'un extrait des Psaumes, il n'en était pas moins une réussite.

"Horses a changé ma vie, mais Easter n'est rien qu'un très bon album", avait écrit Lester Bangs à sa sortie. Il avait parfaitement raison. Mais au lieu, comme lui, d'en être déçu, on peut tout autant s'en réjouir. Car les très bons albums, ils ne sont pas si nombreux à pouvoir se targuer d'en avoir sortis plusieurs.

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