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NICK CAVE & THE BAD SEEDS - The Firstborn Is Dead

, 15:48 - Lien permanent

C’était en 1994, à l’Olympia, mon premier concert de Nick Cave. Le ténébreux Australien et ses Bad Seeds déclinaient alors l’essentiel de leur dernier disque, un très bon Let Love In. Cependant, dans le public, des gens ne cessaient de réclamer "Tupelo", le morceau phare du deuxième album post Birthday Party du monsieur, The Firstborn Is Dead. Surprenant, tant le titre (comme l'album), demeure l’un des plus obtus d’une discographie par ailleurs pas toujours des plus faciles d'accès.

NICK CAVE & THE BAD SEEDS - The Firstborn Is Dead

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Mais de fait, The Firstborn Is Dead, c’est peut-être le disque le plus personnel de Nick Cave. Celui, en tout cas, où il va au plus profond de son obsession récurrente pour le vieux Sud américain. Un album placé aussi sous le signe d’Elvis Presley, avec un titre qui évoquait le jumeau mort-né du King, et sous celui du blues, avec cette exploration de tous les thèmes du genre, mort, péché, souffrance, damnation, désastres. Et le tout était traité avec une violence rêche, avec une musique à rebrousse-poil qui était encore peu éloignée du son de Birthday Party.

Tupelo, Mississippi, était pour rappel le lieu de naissance d’Elvis. Avec le titre du même nom, Nick Cave y mettait en scène une inondation, après une crue du grand fleuve, déjà décrite dans une chanson de John Lee Hooker. Faisant démonstration d’érudition, il ajoutait au tout des allusions bibliques, sorties de L’Apocalypse. Et tout cela était déclamé avec hargne, le long d’une instrumentation répétitive, épique et orageuse de sept minutes d’où, mêlée à des paroles réminiscentes du blues, suintait encore toute la noirceur du punk.

"Tupelo", c’était un premier tour de force, du Cave ardu, mais puissant. Et le plus fort, c’est que cet album, légitimant sa cote auprès des fans hardcore de l’Australien, n’était fait que de cela, que de cette dureté, de cette âpreté, de ces paroles possédées, de ce blues regénéré, remis au goût post-punk du jour.

A partir de "Say Goodbye to the Little Girl Tree", le blues était d"ailleurs plus visible, de par le son des guitares, et de par ces paroles qui sentaient à plein nez les envies de suicide. De souffrance, il était encore question sur un "Train Long-Suffering" qui, avec l’image du train, investissait un autre des thèmes traditionnels du genre, et jouait, comme sur le titre suivant, un "Black Crow King" encore plus authentiquement blues, d’un call-and-response typiquement afro-américain.

Mais à ce stade, le meilleur était encore à venir. Le meilleur, c’est ce "Knockin’ on Joe", référence à l’automutilation pratiquée par des prisonniers américains qui voulaient échapper autrefois aux travaux forcés, l’une des plus somptueuses et des plus ténébreuses ballades au piano jamais écrites par l’inquiétant Australien.

L’album faisait brièvement une infidélité au blues en convoquant ce "Wanted Man" écrit par Bob Dylan et interprété par Johnny Cash, même si cet harmonica furieux, cet orgue dégoulinant et les paroles librement adaptées restaient dans le ton général, dans l’évocation d’un Sud brutal parcouru par les criminels et les damnés.

Puis le blues était de retour, sur ce "Blind Lemon Jefferson" étrangement lent et atmosphérique qui évoquait une figure tutélaire du genre, puis encore sur ce "Six Strings That Drew Blood" aussi pesant, sinon plus, qui résumait à lui seul tous les thèmes, tout le contenu, toute la raison d’être de cette musique. Enfin, le disque se fermait par la version single du "Tupelo" d’anthologie qui l’avait entamé.

The Firstborn Is Dead est l’un des albums les plus difficiles de l’Australien, mais il est aussi l’un de ses plus cruciaux. Pas seulement parce que ces titres hostiles se montraient prenants à qui voulait bien se donner la peine de s’y donner. Mais aussi parce qu’au tournant de sa carrière, au moment où il s’affranchissait du post-punk brutal de Birthday Party pour voguer vers des horizons plus larges, à cette époque à la jonction des deux phases de sa carrière, il révélait le Nick Cave quintessentiel.

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